catéchèse: La Samaritaine

catéchèse: La Samaritaine-  par Père Emmanuel- le 19 mai 2025

Lecture de l’Évangile selon saint Jean (Jn IV,5-42)
Jésus arriva dans une ville de Samarie, nommée Sychar, près du champ que Jacob avait donné à Joseph, son fils. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué du voyage, était assis au bord du puits. C’était environ la sixième heure. Une femme de Samarie vint puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire ». Car ses disciples étaient allés à la ville pour acheter des vivres. La femme samaritaine lui dit : « Comment toi, qui es Juif, me demandes-tu à boire, à moi qui suis une femme samaritaine ? » – Les Juifs, en effet, n’ont pas de relations avec les Samaritains. – Jésus lui répondit : « Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire ! tu lui aurais toi-même demandé à boire, et il t’aurait donné de l’eau vive ». « Seigneur, lui dit la femme, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond ; d’où aurais-tu donc cette eau vive ? Es-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses troupeaux ? » Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle ». La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n’aie plus soif, et que je ne vienne plus puiser ici ». « Va, lui dit Jésus, appelle ton mari, et viens ici ». La femme répondit : « Je n’ai point de mari ». Jésus lui dit : « Tu as eu raison de dire : Je n’ai point de mari. Car tu as eu cinq maris, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari. En cela tu as dit vrai ».
« Seigneur, lui dit la femme, je vois que tu es prophète. Nos pères ont adoré sur cette montagne ; et vous dites, vous, que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem ». « Femme, lui dit Jésus, crois-moi, l’heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car ce sont là les adorateurs que le Père demande. Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité ». La femme lui dit : « Je sais que le Messie doit venir (celui qu’on appelle Christ) ; quand il sera venu, il nous annoncera toutes choses ». Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle ». Là-dessus arrivèrent ses disciples, qui furent étonnés de ce qu’il parlait avec une femme. Toutefois aucun ne dit : « Que demandes-tu ? » ou : « De quoi parles-tu avec elle ? » Alors la femme, ayant laissé sa cruche, s’en alla dans la ville, et dit aux gens : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; ne serait-ce point le Christ ? » Ils sortirent de la ville, et ils vinrent vers lui. Pendant ce temps, les disciples le pressaient de manger, disant : « Rabbi, mange ». Mais il leur dit : « J’ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas ». Les disciples se disaient donc les uns aux autres : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? » Jésus leur dit : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son œuvre. Ne dites-vous pas qu’il y a encore quatre mois jusqu’à la moisson ? Voici, je vous le dis, levez les yeux, et regardez les champs qui déjà blanchissent pour la moisson. Celui qui moissonne reçoit un salaire, et amasse des fruits pour la vie éternelle, afin que celui qui sème et celui qui moissonne se réjouissent ensemble. Car en ceci ce qu’on dit est vrai : Autre est celui qui sème, et autre celui qui moissonne. Je vous ai envoyés moissonner ce que vous n’avez pas travaillé ; d’autres ont travaillé, et vous êtes entrés dans leur travail ». Plusieurs Samaritains de cette ville crurent en Jésus à cause de cette déclaration formelle de la femme : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait ». Aussi, quand les Samaritains vinrent le trouver, ils le prièrent de rester auprès d’eux. Et il resta là deux jours. Un beaucoup plus grand nombre crurent à cause de sa parole ; et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu as dit que nous croyons ; car nous l’avons entendu nous-mêmes, et nous savons qu’il est vraiment le Sauveur du monde ».


C’est le chapitre 4, en fait quasiment les premiers versets du chapitre 4 de Jean qu’on a l’habitude d’appeler La samaritaine. mais auquel, bien évidemment, on aurait pu donner des tas d’autres titres en tant que tel. Je pense et j’espère que vous l’avez tous déjà relu ou revisité, ce qui va nous faire gagner un petit peu de temps, mais bien évidemment, tout au cours de mon intervention, vous pouvez intervenir à n’importe quel moment pour questionner ou autre. Est-ce que vous avez d’ailleurs, en préalable, une question ou un point que vous aimeriez voir abordé ce soir au regard de cet évangile dit de la Samaritaine ? Il y en a beaucoup.
Alors s’il y a quelques questions préalables, je les écoute pour pouvoir les intégrer.
Question : Pourquoi le puits de Jacob ?

Particularités de l’Évangile de Jean

  1. E : Pourquoi le puits de Jacob ? Oui. En esprit et en vérité. Je vois que tu vas sur l’essentiel. Alors, effectivement, vous le savez, et plus particulièrement l’Évangile de Jean. Parce que l’Évangile de Jean, qui fait partie des quatre Évangiles canoniques, il ne fait pas partie de ce que l’on appelle les trois Évangiles synoptiques. Les synoptiques, veut dire qui se ressemblent, qui sont ceux de Matthieu, Marc et Luc, et qui sont d’abord et avant tout des Évangiles narratifs. qui décrivent des situations, alors que l’Évangile de Jean c’est vraiment le Christ qui parle. À beaucoup d’endroits, c’est par exemple la prière sacerdotale que vous connaissez, qui a lieu, ce sont vraiment les paroles du Christ qui sont retransmises.

Les trois niveaux de lecture des Évangiles

D’autre part, dans les Évangiles, ne quittez jamais de vue que la plupart du temps, cela se joue sur trois niveaux.

  1. Il y a à la fois la description d’une réalité immédiate qui peut être un lieu, une rencontre, la description d’une histoire ou d’un phénomène.
  2. À côté de ça, il y a sa portée et sa dimension, souvent symbolique, et qui est en lien, la plupart du temps, avec, bien évidemment, la Torah, le Pentateuque, l’Ancien Testament.
  3. Et puis, il y a un autre niveau, qui est le niveau véritablement spirituel, christique, qui est porté, évidemment, par la parole.

Et je vous invite toujours à considérer ces textes sous ces trois dimensions-là. qui sont des dimensions qui peuvent nous interpeller.

Le puits de Jacob : un lieu chargé de sens

Par exemple, la question tout à l’heure pourquoi le puits de Jacob, il y a une référence par rapport à la Torah, il y a une référence symbolique, il y a un rapport de lieu, il y a un lien avec une histoire, une préfiguration et évidemment une révélation en tant que telle. Je vais y venir. D’autre part, Père Diacre, quand tu parles d’Esprit et Vérité, on est tout de suite dans cette dimension spirituelle que le Christ d’ailleurs porte et révèle au monde. Ainsi, on a bien dans l’histoire dite de la Samaritaine ces trois plans.

Tout d’abord, il y a un lieu c’est le puits de Jacob. Alors le puits de Jacob, pourquoi le puits de Jacob ? Elle le dit elle-même la samaritaine. Elle le dit, ça nous a été donné par nos pères. Alors, elle est en train de dire il y a bien une histoire, il y a bien un lien, il y a bien une continuité. Et on ne peut pas d’ailleurs aborder l’Évangile de la Samaritaine sans voir un rapprochement, un calque en quelque sorte avec l’épisode de Rachel au puits, au puits de Jacob.

Et, il y a bien sûr une superposition, une étant dans le domaine de la prophétie, qui doit s’accomplir, et l’autre, la Samaritaine, qui est dans l’accomplissement de ce qui a été prophétisé.

Et le lieu n’est pas du tout anodin, il est le lieu d’une prophétie, il est le lieu d’un ancrage, il est le lieu sur lequel peut et doit se manifester quelque chose ou quelqu’un, qui normalement devraient être compris par ceux qui ont travaillé la Torah. Évidemment, ceux qui n’ont pas cultivé la Torah, qui ne sont pas des pratiquants, qui ne sont pas des croyants, etc., peuvent voir quelqu’un, le Christ, assis aux côtés du puits, sans faire de lien avec quelque chose, que ce soit des liens parfaitement conscients ou avérés, et ou des liens qui soient un peu plus inconscients, on va le dire comme ça.

Le Christ et Jacob : un parallèle éclairant

Et on a ici d’autres calques. J’ai un tableau comparatif d’ailleurs sous les yeux. Il y a un moment, Jacob, lui, il arrive fatigué de son voyage. On voit que Jésus, lui, est fatigué du chemin qu’il vient de parcourir. Et on est en rapport à un élément clé dans les deux cas de la révélation. Nous avons également deux personnages qui sont masculins. Jacob, qui est quand même futur patriarche d’Israël. Et nous avons le Christ, Messie, Verbe incarné. On a la préfiguration dont je parlais tout à l’heure et son accomplissement en tant que tel. Il peut y avoir également un personnage féminin, c’est Rachel, jeune femme, bergère, future épouse. Mais ici, l’épouse et l’époux, ce ne sont plus les mêmes avec la samaritaine et avec le Christ. Le Christ, c’est l’époux. La femme samaritaine, elle est en situation de rupture sociale et religieuse. Je vais y revenir. Et de la femme d’élection à la femme marginalisée mais réintégrée, on a ce tableau qui est superposé.

D’autres choses, il y a l’eau dont on parle à l’intérieur. L’eau, c’est la ressource vitale, c’est le don d’Abraham, qui est une symbolique en tant que telle. Et l’eau, dans la parole du Christ, c’est l’Esprit Saint. C’est l’Esprit Saint parce que boire de cette eau fait que nous n’aurons plus soif parce que la source est en nous. C’est-à-dire qu’il ne s’agit plus de se désaltérer, mais il s’agit d’intégrer et d’être porteur de la source même qui est l’Esprit Saint. Cette appropriation de l’Esprit Saint par évidemment à la fois pour nous dans la tradition le baptême et la chrismation et parce que le corps est le temple de l’Esprit. Et cette eau dont on parle, c’est cette eau et c’est cet Esprit Saint qui donne la vie éternelle. D’accord ? Vous voyez la richesse et la profondeur de ce texte-là qu’il faut lire tout doucement.

Il y a aussi un double terme nuptial. Pour Rachel, c’est effectivement la rencontre en vue du mariage. Et en ce qui concerne la Samaritaine, nous avons une forme qui est un peu particulière, qui est qu’elle va à la rencontre de celui que nous appelons d’ailleurs nous-mêmes dans les liturgies, dans la tradition, l’époux.
Souvenez-vous, les vierges sages, les vierges folles, l’époux arrive lorsque les épouses sont prêtes. L’église, c’est l’épouse. Le Christ, c’est l’époux. Voici l’époux qui frappe à la porte. L’épouse arrive à être toujours prête, la lampe allumée parce que l’époux peut arriver à n’importe quel moment. Et nous avons également la restitution de ce tableau-là. Jacob lui révèle son identité auprès de Rachel et notamment parce qu’il va préciser qu’il est parent de Laban et Jésus lui révèle sa messianité.

Ainsi, on a la révélation à chaque fois entre une révélation familiale et puis une révélation qui est salvifique. C’est une révélation qui est là pour le salut du monde. Évidemment, cette rencontre de Rachel avec Jacob, puis de la Samaritaine avec le Christ, c’est l’annonce de l’alliance nuptiale totale. Celle dont on parlait. Pour Rachel, on va terminer par ça. Il y a le mariage futur qui est la fondation d’une lignée et la conversation de la femme missionnaire auprès de son peuple. C’est ça qui va permettre de passer de la descendance physique à la transmission et la fécondation spirituelle. Vous voyez qu’il y a une puissance et des liens entre ces deux, le texte de Rachel et celui de la Samaritaine, qui sont absolument essentiels et très profonds à saisir. D’un point de vue du culte lui-même, on peut dire que Jacob, lui, qu’est-ce qu’il va faire ? C’est qu’à un moment donné, il va élever et il va bâtir un autel sur place, alors que Jésus annonce un culte qui sera en Esprit et en Vérité. Et le Christ est en train de dire, le mode de relation qui va vous unir à Dieu va changer par ma présence, et c’est en Esprit et en Vérité que maintenant vous allez vivre et porter la mission. Le culte que nous faisons, nous, avec la Divine Liturgie, c’est de réactualiser ce qui est déjà là. Et ce que nous réactualisons, c’est mort et résurrection. D’accord ? Et cette mort et cette résurrection que nous commémorons, que nous réactualisons, se fait au travers du pain et du vin qui deviennent vrai corps, vrai sang du Christ, par l’Esprit-Saint. Puisque nous invoquons l’Esprit-Saint, envoie ton Esprit-Saint sur nous et sur les dons que voici, et fais ce pain, le corps précieux de ton Christ, et ce qui est dans ce calice, le sang précieux de ton Christ, opérant leur changement par ton Esprit-Saint.

Vous voyez qu’il y a une puissance à l’intérieur de cet épisode, j’hésite toujours à l’appeler épisode de la samaritaine, qui est absolument totale. Alors, ce que je voudrais en même temps, quelques points sur lesquels je voudrais attirer votre attention. Tout d’abord, ça se passe à quelle heure cette histoire-là ? À midi.

La sixième heure : midi

Ça se passe à midi. Voilà, c’est-à-dire, tel que c’est dit dans le texte d’origine, à la sixième heure. La sixième heure, mais il est précisé à la sixième heure du jour, pas celle de la nuit, effectivement il est midi. Qu’est-ce qu’il y a de particulier à midi ? Il y a que le soleil est à son zénith, la chaleur est à sa puissance maximale, la lumière à son intensité maximale, Et c’est une lumière qui, venant d’en haut et de la verticale, ne génère aucune ombre. Ça c’est la réalité spirituelle, puisque le Christ est là. C’est une lumière qui n’aveugle pas, mais c’est une lumière qui est absolument totale.
Et, on regarde dans le même laps de temps ce qu’est cette sixième heure pour la samaritaine. C’est l’heure à laquelle elle va au puits, qui est une heure entre guillemets irrationnelle, puisqu’elle y va à un moment où personne n’y va. On crève de chaud, on reste chez soi. Mais pourquoi y va-t-elle ? Parce qu’elle est rejetée de la communauté. Plus personne ne veut fonctionner avec elle. Et, elle est sommée d’aller-au-puits que lorsque les autres n’y sont pas.

Aller à la rencontre

Et, il y a une réalité physique, sociale d’un côté, qui l’amène, qui la pousse à devoir faire ce qu’elle a à faire pour subsister. Mais en même temps, alors le sait-elle ou non, elle répond sans doute inconsciemment à un appel. Alors elle ne sait pas qui l’attend au bord du puits.

Mais elle va à la rencontre, ce fameux lien que nous nous cultivons, ce rapport direct. Et il y a quelqu’un qui l’attend au bord du puits et lui-même à une heure totalement incongrue. Or, elle ne va pas lui dire comment ça se fait que tu sois dehors toi à midi. Elle va simplement s’étonner qu’il lui parle parce qu’il est juif et qu’elle est samaritaine, et que normalement les juifs ne parlent pas aux samaritains. C’est-à-dire, elle est pour l’instant dans un monde, c’est vraiment le monde social et elle n’a pas encore conscience de véritablement qui est devant elle et avec qui elle dialogue. C’est quand même, quand nous mesurons cet épisode-là, quelqu’un de rejeté qui parle sans intermédiaire et en direct à Dieu.
Pour que nous mesurions quand même tout ce que cela peut représenter. Alors oui, dans leur dialogue, pour souligner quelques points, Il va lui dire, volontairement, mais il faut le comprendre sur le plan spirituel et temporel, il va lui dire, voilà, qu’elle aille voir son mari. Et elle va lui répondre, mais je n’ai pas de mari. Alors vous avez bien compris, l’époux c’est Lui. Elle est toujours dans son monde physique. Le mari, je n’ai pas de mari. En tant que telle, tout du moins, je n’en ai plus. Et le Christ devait lui dire tu as raison de dire tu n’as pas de mari, car tu as eu cinq maris et le sixième n’est pas ton mari. Alors à votre avis, qu’est-ce que ça signifie ? Vous pouvez appeler un ami, vous pouvez
appeler un orthodoxe. Les maris, ce sont les présences physiques. En fait, ils ne parlent
pas l’un et l’autre sur le même plan. Elle, elle est en train de dire, ben oui, j’ai eu cinq maris et puis bon, ben le sixième. Ce n’est pas ça dont le Christ lui parle, parce que lui, il est sur un autre plan sur lequel il va l’amener petit à petit. Les cinq maris dont il parle, c’est les cinq livres qui composent la Torah. Ils sont en train de lui dire, tu as bien eu cinq maris. Tu as eu raison de le dire. Tu as bien eu cinq maris, mais si vous le prenez sur un plan spirituel, tu devrais connaître les Écritures. Et le sixième n’est pas ton mari. Pourquoi il lui dit ça ? Parce qu’elle est samaritaine et qu’ils sont en train d’honorer sur le Mont Garizim au lieu d’aller adorer au temple. Aussi, il lui dit sur le sixième, tu te
trompes. Sous-entendu, le sixième, c’est moi. Je le suis, moi qui te parle, il va lui dire à un moment donné. Et il est en train de lui dire qui est le sixième. Sur le plan spirituel, bien évidemment, vous m’avez compris.

Le plan temporel et le plan divin

Et il y a sans arrêt ce mouvement entre elle qui est toujours pour l’instant dans le temporel et qui n’est pas sur le même plan. Et quelqu’un qui lui parle, pour l’amener petit à petit, sur le plan qu’il lui propose d’intégrer, et parce qu’il va lui dire, parce que vous adorez ce que vous ne connaissez pas. C’est pour ça qu’il lui a dit avant, si tu connaissais le nom de Dieu, ou si tu savais le nom de Dieu, vous honorez quelqu’un que vous ne connaissez pas. Parce qu’en fait, il faudrait l’honorer au temple, et il le dit, et parce que le salut vient des Juifs. Autrement dit, si tu avais bien lu les cinq livres de la Torah, tu aurais compris quelque chose.

Le renversement- de la loi à l’amour

Mais il ajoute, mais il viendra qu’on n’adorera plus ni sur la montagne, ni dans le temple, mais en Esprit et en Vérité. C’est-à-dire qu’il est en train de renverser la table, comme on dit, En disant, par ma présence, moi celui qui suis le Messie annoncé, moi qui suis le Christ en tant que tel, tout ça est renversé parce que la donne change complètement, et à partir de ma présence et de ce qui va se produire, le lien direct entre chacun d’entre vous, entre le monde et moi, est à nouveau relié. C’est un renversement. Il ne s’agit pas d’aller adorer au temple ou d’aller adorer sur la montagne et nombreux sont les épisodes dans les évangiles où on voit que des gens à la synagogue, soit pour s’enorgueillir, soit parce que c’est la loi, mais nous ne sommes plus sous la loi. Pourquoi est-ce que nous ne sommes plus sous la loi, même si le Christ dit à un moment donné qu’il n’y a pas un iota qui sera retiré de la loi en tant que tel, parce que la loi c’est une structure qui est donnée aux personnes pour essayer de grandir, mais on est dans le cadre de la révélation. Et pourquoi est-ce que nous ne sommes plus sous la loi, parce que Lui, Il est, et Dieu est l’amour total et inconditionnel et que l’amour n’a pas de loi. Essayer de trouver dans l’histoire une loi qui définisse l’amour, une loi qui définisse l’amour au sens où il n’y en a pas. Quand il dit nous ne sommes plus sous la loi parce que nous sommes dans l’amour absolu.

La révélation
C’est tout ça qui est porté et bien d’autres choses, mais qui sont portées au travers de cet épisode, je vais l’appeler comme ça, de la Samaritaine. Qu’est-ce qui se passe ensuite et qui nous regarde ? C’est que, je parle de mémoire sur le texte, bien sûr, c’est qu’il va l’envoyer et elle va partir en fait en mission dans son village. Parce qu’elle va dire : « mais j’ai rencontré quelqu’un, il sait tout de moi, ne serait-ce pas le Christ ? » Et elle lui a dit à un moment, « mais n’es-tu pas, Le Christ ? » voilà, il lui dit, « Je le suis, moi qui te parle ». Et à partir du moment où elle entre dans la révélation, elle entre dans ce cheminement-là, elle devient comme chacun d’entre nous baptisés, missionnaire. Et quand elle y va, effectivement, elle va faire revenir les gens du village. Et vous savez que le Christ va y rester deux jours. Pas trois. Deux. Pourquoi ? Oui, pourquoi pas trois ? Pourquoi deux ? Alors, trois jours, cela ne vous rappelle rien ? Troisième jour, il y a La Résurrection. Et, vous avez le troisième jour, la révélation ultime sur laquelle notre foi chrétienne est entièrement basée. Notre kérygme, c’est Christ est mort et ressuscité. Les deux jours, c’est la préparation du terrain. Voilà, on peut le prendre comme ça. Et du coup, ils sont dans cette relation directe avec le Christ. Que vont-ils dire ? Et c’est toujours dans le texte. Alors, je ne vais peut-être pas dire la phrase exacte, mais c’est dans le texte. disant à la femme ce n’est pas ou ce n’est plus parce que tu nous l’as dit que nous croyons mais c’est parce que nous l’avons entendu le dire, c’est-à-dire que la parole est entrée dans le monde et y compris dans le monde qui est rejeté par le monde religieux et qui est passé par la femme dont le statut est en plus de ça particulier et en tant que telle, parce que vous savez que dans les écritures, ce sont les deux Marie qui annoncent le salut du monde. La résurrection du Christ se manifeste d’abord aux femmes, etc. Et en même temps, elles sont la plupart du temps marginalisées et rejetées. La femme adultère, etc. Et c’est par cette femme rejetée, issue d’un milieu marginal rejeté lui-même, que Dieu attend et à qui il offre sa révélation qui est l’une des formes de l’amour absolu de Dieu qui ne fait pas de distinction entre les membres de sa création.

Pour conclure cet épisode de la Samaritaine, dans les Péricopes du jour ne s’arrête pas là. Vous avez après les disciples qui reviennent parce que les disciples étaient partis chercher de la nourriture et certainement de la boisson aussi, puisque le Christ est assis sur la margelle du puits et il n’a rien pour puiser l’eau. Vous vous en souvenez ? C’est-à-dire que lorsque le Christ s’adresse de cœur à cœur, face à face, à la samaritaine, il n’y a pas de témoin. Quand il nous parle à chacun d’entre nous, pas besoin de témoin. Nous sommes dans la relation la plus intime possible entre Dieu et nous de cœur à cœur. Et il y a cette intimité totale de la relation qui est montrée ici. Pas de témoin. Tu es seul, tu es rejeté. Ce n’est pas grave, ça tombe très bien. Justement, tu es seul. Tu es dans cette forme presque de désert écrasé par la lumière, écrasé par le soleil, en cherchant la source et tu la cherches spirituellement et physiquement. Tu cherches confusément le bon époux et tu te trompes sur etc. cela n’a absolument aucune importance je suis là je t’attends en tant que tel toi tu es en marche et souvenez-vous qu’en hébreu être « en marche » ça veut dire bienheureux, bienheureux serez-vous Dès qu’on se met en marche, nous risquons de rencontrer quelqu’un. Nous sommes en marche avec le cœur, nous sommes en marche avec l’esprit. Ce n’est pas une démarche intellectuelle, c’est la démarche de cœur à cœur. C’est la réciprocité du don et de l’abandon, dans le bon sens du terme. C’est une détresse qui est comblée et qui rencontre un amour absolu.

Avez-vous une question ? Voulez-vous partager une impression ?
Elle arrive, la Samaritaine, elle a soif. Elle vient puiser. Et elle repart, elle laisse tomber sa cruche.
L’histoire ne dit pas, mais oui, a priori, elle a oublié pourquoi elle était venue. Ce qui veut peut-être dire que la partie spirituelle d’elle-même, entre la partie temporelle de la personne et la partie spirituelle de la personne, on peut le comparer à d’autres épisodes que vous connaissez, qui sont Marthe et Marie. Marie est dans le temporel, Marie est dans le spirituel. C’est pour ça que le Christ dira, Marthe, Marthe, tu t’agites, mais c’est Marie qui a la meilleure part. Elle n’est pas en train de lui dire « tu fais n’importe quoi », mais elle est dans une agitation terrestre alors qu’elle a Dieu chez
elle. Il y a quelque chose qu’elle ne peut pas voir à ce moment-là, et elle le voit tellement peu qu’elle dit à ma sœur de m’aider. Je dirais à la limite de sortir de la relation et de la discussion et du rapport qu’elle a avec toi pour revenir là. Parce que quand même, il faut que j’amène l’apéritif et puis de quoi recevoir dignement mon hôte, ce qui est honorable. Mais ce qui est aussi une déconnexion de… Voilà, je vais reprendre une expression que nous utilisons dans notre Église. Nous nous tenons debout dans l’Église parce que nous savons devant qui nous nous tenons. Et, qu’elle oublie sa cruche temporelle. Quelque part, ça devient anecdotique, en quelque sorte. Anecdotique tout en étant révélateur. Oui, c’est vrai qu’elle n’a pas puiser, elle n’a pas remporté. Il y a quelque chose de plus important à apporter, c’est la mission

Rachel, Rebecca et Séphora- la nouvelle alliance

Il y a plusieurs récits depuis dans l’Ancien Testament. On en ressort généralement trois qui sont Rachel, Rébecca et Séphora. et qui sont, en fait, des rencontres autour du puits. Et, que ce soit Sephora, Rebecca ou Rachel, on a cette même configuration qui nous dit, à trois reprises dans l’Ancien Testament, en fait, ce qui va se produire. puisqu’on est dans le cadre des prophètes en tant que tel. Et on va retrouver là la même structure où on va passer, si vous voulez, du mariage charnel à tout ce qui est, tout ce qui constitue la nouvelle alliance en tant que tel, c’est-à-dire le rapport à l’époux qui donne la vie éternelle. Oui, effectivement on peut superposer d’autres récits, même si traditionnellement, c’est plutôt celui de Rachel dont on parle, parce que la superposition, le calque, est encore, d’une certaine manière, plus radical. Mais les deux autres, oui, bien évidemment, sont aussi en lien.
Une question, une remarque ? Est-ce que ça évoque quelque chose ?

J’ai une question, elle n’est pas très claire déjà dans ma tête, mais je vais essayer de la formuler. C’est-à-dire que j’ai compris que sans arrêt le dialogue se passe sur le plan temporel et à la fois sur le plan spirituel, sur le plan divin, et je me demandais si en fait ce n’était pas comme les deux natures du Christ et qu’en faisant ça, ça nous montre aussi que notre nature humaine peut être divinisée et qu’on peut être sur un plan et accéder à un autre plan. Je me demandais, un peu comme quand on parle de la métanoïa ?

Je comprends ce que tu veux dire, ce qu’il ne faut pas oublier dans la double nature du Christ, c’est que la double nature est en totale communion. Elle est en totale communion et sans confusion, ce qui veut dire qu’elle est totalement irradiée, chez lui, mais chez nous aussi, c’est une question de désir et de développement spirituel. Ce développement spirituel, c’est l’échelle sainte, si on veut aller par-là,
Évidemment, tant que la personne, l’être humain a la possibilité de dire oui, de dire non, il a la possibilité de dire je ne sais pas. Tu vois, ça ne fait pas qu’il y a une barrière, mais ça fait des positions, tu vois, en tant que tel. Oui, mais nous qui avons été baptisés en Christ et qui avons été chrismés, On a cette dynamique. Nous, nous avons confessé notre kérygme, mais Christ est mort et ressuscité pour le salut du monde. Et ce que nous travaillons, c’est d’entrer de plus en plus dans cette relation-là, si tu veux, avec lui. Nous, nous avons la chance de savoir. Et la Samaritaine nous montre quelqu’un qui est, je dirais, d’une certaine manière, dans un espèce de doute positif.
Parce qu’en même temps, elle a une réceptivité. Elle ne contredit pas, elle ne vient pas challenger, etc. Et à un moment donné, elle dit, Mais est-ce que tu ne serais pas le Messie ? Alors, il y a ce mouvement-là qui a lieu parce qu’elle est en mouvement quelque part, consciemment ou inconsciemment, mais aussi elle répond à un appel. Et l’appel, il est permanent.

Que le Seigneur Tout-Puissant vous bénisse et qu’il nous garde.

Amen

P. Emmanuel Lomüller

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut