Homélie: Dimanche après la Théophanie

Homélie: Dimanche après la Théophanie 11/01/2026 

Lecture de l’Évangile selon saint Matthieu (dim après Théophanie) (Mt IV,12-17)
En ce temps-là, Jésus, ayant appris que Jean avait été livré, se retira dans la Galilée. Il quitta Nazareth, et vint demeurer à Capharnaüm, située près de la mer, dans le territoire de Zabulon et de Nephthali, afin que s’accomplît ce qui avait été annoncé par Ésaïe, le prophète :
« Le peuple de Zabulon et de Nephthali, De la contrée voisine de la mer, du pays au delà du Jourdain, Et de la Galilée des Gentils, Ce peuple, assis dans les ténèbres, A vu une grande lumière ;Et sur ceux qui étaient assis dans la région et l’ombre de la mort La lumière s’est levée. »
Dès ce moment Jésus commença à prêcher, et à dire : « Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche. »
(St Théodose) (Mt XI,27-30)
En ce temps-là, Jésus déclara : « Toutes choses m’ont été données par mon Père, et personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père ; personne non plus ne connaît le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes. Car mon joug est doux, et mon fardeau léger. »

Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit

Je suis toujours impressionné, émerveillé de la beauté de l’Évangile, de sa profondeur, de la Vie qui en coule comme une source intarissable. Même s’il est souvent incompréhensible, à la première lecture …

On ne devrait pas essayer d’interpréter de manière individuelle l’Évangile, c’est-à-dire que chacun pense ce qu’il veut, coupé des racines de l’enseignement des Pères, de l’enseignement de l’Église. On va plutôt parler d’assimilation personnelle, qui nous permet de se greffer aux racines de la Tradition de l’Église, de la pensée du Christ et d’en être instruit, enseigné, vivifiés dans notre quotidien de manière concrète.

On vient d’entendre la Parole de Dieu, on vient de communier à cette Parole.

Essayons de méditer tranquillement l’Évangile, de le laisser imprégner tout notre être comme quelque chose de nouveau. Pas comme un récit qu’on a déjà entendu 50 fois par habitude. Tout est toujours nouveau à chaque fois, c’est à nous de le recevoir comme quelque chose d’unique. Écouter, lire l’Évangile est une prière, un dialogue avec Dieu. C’est vivant. La prière que dit le prêtre avant la lecture de l’Evangile peut être lue par tous !

Mais alors que nous dis cette Parole aujourd’hui ?

Il y a beaucoup de thèmes à aborder aujourd’hui. Je choisirais seulement ceux de la lumière et du repentir, mais on aurait pu choisir Jean le Baptiste, le baptême, l’étymologie des noms du texte : Galilée, Nazareth, Zabulon, Nephtali, Transjordanie, au-delà du Jourdain, etc. … Je laisserai chacun d’entre vous chercher et se laisser saisir par le sens.

Le passage du Prophète Isaïe dit : « Le peuple qui demeurait dans les ténèbres a vu une grande lumière ; sur ceux qui demeuraient dans la région sombre de la mort, une lumière s’est levée. »

On traverse en ce moment même une période lumineuse. On a vécu la Nativité, naissance de la Lumière de lumière, le Christ incarné parmi nous, incarné en nous qui Lui-même illumine tout Homme venant dans ce monde. Jésus ce petit bébé était porteur de toute la Lumière Divine, mais ne nous l’a révélée que progressivement tout au long de sa vie, d’intensité en intensité, pour finalement rayonner au moment de la Transfiguration. Même si elle nous éclaire en permanence.

On a vécu aussi la Théophanie, le Baptême du Christ, où la Lumière est descendue dans les profondeurs des eaux du Jourdain, prémices de ce que va vivre le Christ quand il resplendira en enfer, le jour de la Résurrection. Cette Lumière, c’est la Présence de l’Esprit Saint, c’est ce que le Christ est venu nous révéler, Il est venu nous faire connaître l’Amour du Père. Il est venu illuminer notre être pour qu’on découvre Sa Présence au plus profond de nous-même.

Et pourtant on a du mal à voir cette Lumière dans notre quotidien. On est aveuglés par les problèmes, les obligations, les conflits, nos contradictions intérieures, notre manque d’amour, nos désirs remplis de volonté propre, la liste est longue … !

Alors comment faire ? Il y a plusieurs moyens et l’émerveillement en est un. Si Dieu est partout présent et remplissant tout, alors je peux le voir dans la beauté d’un lever de soleil, dans la douceur d’une fleur couverte de rosée, dans le sourire d’un enfant, dans la profondeur d’un ciel étoilé, la liste est de nouveau longue !

Je parle ici de contemplation. Si on n’est pas capable de voir la Présence de Dieu dans les choses les plus simples de notre quotidien, comment on peut avoir l’audace de la voir ailleurs ? De voir les anges à la Liturgie ? De percevoir une lumière incréé pendant la prière ? Apprenons à regarder avec les yeux de notre cœur la beauté qui nous entoure et Dieu adoucira la dureté de notre cœur, nous éveillera à reconnaître Sa Présence en tout, à s’ouvrir, dans l’action de Grâce.

Le prologue de Jean contient ce passage que vous connaissez bien : « La Lumière a lui dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas reçue. »

Dieu nous donne selon la mesure et les besoins propres de chacun, comme on le dira au cours de la Liturgie, soyez attentifs !

Et nous le recevons, « le portons dans des vases d’argiles pour que cette excès de puissance soit de Dieu, et ne vienne pas de nous », comme dit Saint Paul.

Seul l’Homme peut refuser l’Amour que Dieu lui donne. Dieu peut tout, sauf forcer l’Homme à l’aimer ! Ce serait alors nier la Vie en soi, mais voici la dualité de la liberté dans l’être humain.

On ne voit pas la Présence, la Lumière de Dieu parce que notre cœur n’est pas pur. « Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. », on manque de ce regard innocent de l’enfant sur le monde qui l’entoure, qui porte ce sentiment intérieur de la Présence de Dieu qui se reflète sur la Création qui l’entoure et qui fait que toute la Création parle de Dieu. Notre vision du monde est bien souvent le reflet de notre état intérieur.

On peut traverser cet aveuglement par la vigilance intérieure. Être attentif à soi, à ses pensées, aux mouvements intérieurs, à se qu’on dit ce qu’on fait, consciemment et inconsciemment. Ce qui nous guide souvent vers de douloureuses prises de conscience, qui nous guident elles-mêmes vers le repentir. C’est un gros mot, mais vous verrez que dans la Lumière, il prend tout son sens ! Je commencerai par citer le Métropolite Kallistos Ware : « Le repentir, c’est regarder non pas vers le bas, vers ses imperfections, mais vers le haut, vers l’Amour de Dieu. Non pas en arrière, avec les reproches qu’on se fait, mais en avant avec confiance. C’est regarder non pas ce qu’on n’a pas réussi à être, mais ce qu’on peut encore devenir par la Grâce de Dieu. ».

Le repentir est un deuil douloureux spirituellement. La conscience de s’être librement, par choix, éloigné de Dieu, de Sa proximité avec nous. On le retrouve chez le Fils Prodigue, ou Adam chassé du Paradis, ou encore chez Sainte Marie l’Egyptienne. Le repentir est un don de Dieu, et non le résultat d’un effort de notre part. Mais il nécessite un vrai et authentique désir de notre part de retrouver l’intimité avec Dieu, qui attend avec patience et douceur. C’est un mouvement permanent de notre part pour rentrer « en nous-même », retrouver la maison du Père en nous, la Présence Divine.

Alors rendons Grâce pour tout, restons émerveillés. Vivons cet Évangile, cette Bonne Nouvelle comme une occasion de faire resplendir dans le monde la Lumière que le Christ nous a donné le jour de notre naissance, du vêtement lumineux qu’Il nous a offert le jour de notre baptême ! Le Nouveau Testament n’est pas une liste de choses à faire, bonnes ou mauvaises, c’est un Chemin de Vie, ce sont des choses à vivre, à expérimenter. Ce Chemin que le Christ a éclairé par Son Incarnation, pour qu’on devienne de petites flammes, témoins du feu de l’Amour de Dieu. Amen.

Père Syméon Çuhaciender

 

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