Homélie Pharisien et Publicain le 01/02/2026
Lecture de l’Évangile selon saint Luc (du jour) (Lc XVIII,10-14)
Le Seigneur dit cette parabole : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier ; l’un était pharisien et l’autre publicain. Le pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : “Mon Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères, ou bien encore comme ce publicain ; je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que j’acquiers.” Le publicain, se tenant à distance, n’osait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine, en disant : “Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis !” Je vous le dis : ce dernier descendit chez lui justifié, l’autre non. Car tout homme qui s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé. »
Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit
On s’apprête à entrer dans le Grand Carême. Et on entre maintenant dans le Triode, cette merveilleuse et profonde période de préparation. Préparation à quoi ? À devenir participants à la Résurrection du Christ.
C’est là l’essentiel de tous les efforts qu’on va offrir à Dieu. C’est l’essentiel de notre jeûne, de notre désir : Ressusciter nous aussi avec le Christ. Notre désir devrait être orienté vers le but, parce que c’est le but qui crée le sens. Et chaque étape que nous allons traverser durant le Triode et le temps de jeûne à son importance, aucune ne doit être négligée, prise à la légère, parce que chaque étape est porteuse d’un enseignement clé pour s’engager plus profondément dans notre relation personnelle avec Dieu.
Ce qui motive le jeûne c’est l’amour, le don de soi. Et le jeûne débute par la prise de conscience de notre propre réalité, c’est-à-dire, qu’est ce que je fais de ma vie ? Est-ce que je suis réellement moi-même ?
Je cite Père Gérasime : « Le jeûne nous permet de provoquer l’ouverture du cœur, de nous purifier, d’enlever le masque qui nous pousse à présenter un visage figé qui n’est pas le nôtre ».
On se trouve ainsi révélé, la lumière du repentir nous montre notre état actuel et ce qu’on est appelé à devenir. C’est-à-dire accomplir notre vocation de baptisé, devenir des êtres libres.
On a vécu le dimanche de Bartimée qui déclenche notre désir de voir le Christ, on a vécu Zachée qui anime notre désir de connaître et recevoir le Christ, d’entrer en relation avec Lui dans la Maison du Père, notre cœur profond.
Aujourd’hui on entre dans le Triode avec la Parabole du Pharisien et du Publicain.
Les paraboles sont utilisées par le Christ dans l’ Évangile comme méthode pédagogique d’enseignement. Au travers d’actes concrets du quotidien, de situation familières, de symboles forts, le Christ nous invite à aller chercher au-delà des apparences de la parabole. Rappelez-vous quand les disciples demandent : « Pourquoi tu leur parles en paraboles ? » et que le Christ répond : « C’est qu’a vous il a été donné de connaître les mystères du Royaume des Cieux, tandis qu’a ces gens-là cela n’a pas été donné. ».
Non pas que la compréhension des paraboles est réservée à une élite d’initiés, mais qu’elle est offerte à ceux qui la désirent et la recherchent activement. « Demandez et vous recevrez, frappez et l’on vous ouvrira, cherchez et vous trouverez ».
Écoutons l’ Évangile. « Deux hommes montèrent au Temple pour prier, l’un était pharisien et l’autre publicain. »
On voit ici deux approches de prières différentes celle d’un homme qui se sent juste et digne dans le Temple, il est debout et prie en lui-même, et celle d’un homme qui se sent profondément indigne, qui se tient aux portes du Temple sans oser lever les yeux aux Ciel, qui trouve seulement le courage de crier vers Dieu, de demander Sa Miséricorde.
Au premier abord, le Pharisien accomplit une œuvre juste en soi. Rendre Grâce pour les bienfaits reçus de Dieu concernant sa vie droite et religieuse. Où est le mal ?
Simplement il en fait une occasion de chute, quand il tombe dans le sentiment d’autosatisfaction, quand il se sert de ses vertus pour s’élever au-dessus de ceux qu’il considère comme inférieurs, qu’il méprise. Juste parce qu’ils n’accomplissent pas tout ce que la Loi prescrit. Ce qu’il fait est bon en soi, mais n’est pas suffisant s’il n’y a pas l’Amour. Comme le dit Saint Paul : « Peut-importe les jeûnes, l’aumône, les veilles, les prières, si je n’ai pas l’amour, je n’ai rien. ». Encore pire si ces bonnes actions nous servent à mépriser notre prochain, que celui qui est notre frère soit écrasé par le poids de notre attitude moralisante. Mais ne jugeons pas ce Pharisien, sous peine de devenir comme lui. En nous sentant différents de lui, on pourrait finir par dire : « Seigneur, merci que je ne sois pas comme ce Pharisien. » et le cycle n’en finirait jamais.
Ce comportement nous arrive souvent. Parce qu’on connaît tout par cœur, parce qu’on fait « tout bien comme il faut », on perd le sens de nos actes, de nos gestes. Et on a beau bien se présenter debout dans le Temple, on reste des étrangers, à l’extérieur de notre cœur, dans une relation de suffisance avec nous-même. Le Pharisien FAIT des choses, mais il n’est pas DEVENU ce que ces bonnes actions l’invitent à devenir. Ce sont des moyens et non des buts en soi.
Nos gestes ont du sens ! Nos mots ont du sens ! Nos actes ont du sens ! A nous de leur donner ce sens sacré en se laissant traverser par la Présence du Christ. Un signe de croix, une métanie, une prière dite lentement, allumer une bougie, recevoir une bénédiction, etc. … Ce ne sont pas des gestes banals, mais des instants uniques où Dieu est manifesté.
Imaginez si le prêtre arrivait ici, d’un air suffisant, se sentant digne de célébrer, de recevoir votre amour, et bâclait tous ses gestes, les prières, les bénédictions, plus rien n’aurait de sens, ce serait grave !
« La lettre tue, l’Esprit vivifie », c’est important de laisser l’Esprit Saint nous vivifier, vivifier nos gestes, nos prières, nos relations avec les autres et avec nous-même.
La prière ne s’apprend pas, elle se vit, elle s’expérimente. Ce n’est pas une formule magique ou le fruit d’une technique sophistiquée. La prière commence par faire la paix avec soi-même, avec Dieu et avec les autres. La Liturgie elle-même commence après avoir demandé la paix parmi les Hommes, de prier en Paix. Le publicain en fait l’expérience. Il ne s’approprie pas la prière, il la reçoit. Il reste aux portes du Temple, le cœur douloureux mais ouvert à Celui qui marche maintenant vers lui pour le consoler, le justifier. Il a découvert son état et demande d’être purifié de ses faiblesses. Il n’a rien fait de bon, il se tourne donc vers ce qu’il peut encore devenir en acceptant de regarder ses faiblesses comme des tremplins vers la purification intérieure, par la Grâce de Dieu.
Le publicain ne possède rien d’autre comme vertu que celle de la conscience profonde de son indignité devant Dieu. Il a conscience que sa vie n’est pas celle qu’elle devrait être. Mais il connaît, peut-être même inconsciemment, dans un élan d’espérance la Miséricorde de Dieu qui pardonne tout. Ça ne veut pas dire que je peux vivre toute ma vie dans la débauche en ayant le projet de demander pardon à la dernière minute, ce serait hypocrite. Quelques passages évangéliques sont clairs là-dessus. Mais que le changement de vie, la conversion profonde, le repentir peuvent arriver à tout moment si je me rends disponible à les recevoir. C’est le sens du jeûne : travailler la terre de son cœur pour recevoir. Bien sûr, l’ivraie va pousser également, mais au moment de la récolte, seul le fruit, le bon grain sera récolté.
Dieu à reçu les deux offrandes, comme celles de Caïn et Abel, mais n’a pas justifié celle qui s’élevait vers Lui de manière orgueilleuse. Il n’a condamné personne, il a simplement justifié l’offrande qui s’abaisse humblement vers Lui. Cette parabole ne parle pas juste d’une bonne ou une mauvaise attitude. De bonne ou mauvaise morale. Chaque parabole est une porte qui nous fait découvrir notre vocation de chrétiens.
Alors essayons de nous engager dans ce pèlerinage vers Pâques avec une prière humble, qui nous fait grandir, et gardons à l’esprit que « Chacun de nous rendra compte à Dieu pour lui-même ». Dieu est invisiblement Présent avec nous, ouvrons-Lui la porte de notre cœur pour s’engager avec lui vers Sa Résurrection.
Amen
