Homélie : Jugement dernier

Homélie : Jugement dernier 15/02/2026

Lecture de l’Évangile selon saint Matthieu(du jour) (Mt XXV,31-46)
En ce temps-là, Jésus déclara : « Lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, avec tous les anges, il s’assiéra sur le trône de sa gloire. Toutes les nations seront assemblées devant lui. Il séparera les uns d’avec les autres, comme le berger sépare les brebis d’avec les boucs ; et il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli ; j’étais nu, et vous m’avez vêtu ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus vers moi. Les justes lui répondront : Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, et t’avons-nous donné à manger ; ou avoir soif, et t’avons-nous donné à boire ? Quand t’avons-nous vu étranger, et t’avons-nous recueilli ; ou nu, et t’avons-nous vêtu ? Quand t’avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi ? Et le roi leur répondra : Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits ; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais étranger, et vous ne m’avez pas recueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas vêtu ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité. Ils répondront aussi : Seigneur, quand t’avons-nous vu ayant faim, ou ayant soif, ou étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, et ne t’avons-nous pas assisté ? Et il leur répondra : Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous n’avez pas fait ces choses à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne les avez pas faites. Et ceux-ci iront au châtiment éternel, mais les justes à la vie éternelle. »

Au Nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit

L’Évangile d’aujourd’hui est souvent difficile à entendre, incompréhensible voir révoltant si on en reste à une lecture de surface, une lecture extérieure. Les texte que nous lisons, la Parole que nous entendons devrait infuser en nous. On communie à la Parole. On devrait être gourmand de la Parole ! Savourer chaque mot, chaque passage, avec son goût qui lui est propre. On se nourrit véritablement de la Parole. « L’Homme de vivra pas que de pain seul, mais de toute Parole qui sort de la bouche de Dieu. »

Ce passage peut faire peur, on est saisi en se disant : « Mais c’est terrible, pourquoi notre Dieu qui aime tant l’Homme, s’incarne, meurt sur la Croix pour nous sauver, pour sauver toute l’humanité, pourquoi est-ce qu’il séparera les bons des mauvais ? ».

Qui est bon d’ailleurs ? Qui parmi nous peut dire : « Moi je ferais parti des bons, je n’ai pas de péché ». Sûrement pas moi en tout cas. On rentrerait alors en contradiction avec la prière de communion : « Tu es venu pour sauver les pécheurs dont je suis le premier. »

Avant d’aller plus loin, il est bon de rappeler notre vocation d’être humain. Adam, en hébreu, veux dire Homme. Le mot Adam en hébreu contient les deux choix de l’Homme quant à l’accomplissement de sa vie : « Celui qui porte en lui-même la possibilité de ressembler à Dieu ou celui qui est entièrement terrestre, coupé de lui-même, coupé de Dieu. ». C’est cette dualité qui représente les boucs et les brebis, ce qui, dans mon cœur, a pu accueillir l’amour et ce qui n’a pas pu le recevoir. Pourtant tous les Hommes sont porteurs du souffle inspiré dans les narines l’Homme tiré de la glaise, et c’est précisément ce souffle, l’Esprit Saint qui nous rends humains. On est appelés à tendre vers la déification, c’est-à-dire cet état de communion avec Dieu qui va de commencement en commencement sans jamais avoir de fin. En ce sens Dieu a créé l’être humain pur, avec une âme pure et c’est l’Homme qui choisira ou non « de se souiller par ce qui sort de son cœur », terre où sont en germe le Bon grain et l’ivraie. Le péché ne fait pas partie de notre nature originelle.

L’Évangile commence par la venue du Christ en Gloire, escorté de ses Anges, qui prend place sur son Trône de gloire. Devant lui seront rassemblées toutes les Nations, et Il séparera les gens comme le berger sépare les brebis des boucs. C’est la Parousie, Seconde venue du Christ dont personne ne connaît ni le jour, ni l’heure. C’est aussi un jugement personnel, dans l’attente du Jugement définitif.

Pourquoi les brebis des boucs ? Sans rentrer dans une grande liste symbolique, j’atteins ici mes propres limites sur le sujet, je remarque simplement que ce n’est pas la même race d’animaux. Les unir donnerait un animal hybride, qui aurait perdu sa pureté originelle. Dieu ne veut pas que nous soyons hybrides, tièdes, « Il vomit les tièdes ». Il désire et attend de notre part que nous « soyons un avec lui, comme le Père et le Fils sont Un. ». Un et non divisés. Garder, retrouver cette pureté donnée par Dieu. Et c’est le Feu de l’Amour de Dieu qui nous purifiera de nouveau par l’onction du Saint Esprit. C’est par Amour que le Christ nous partage ce message d’espérance, mais terrible, comme quoi ce qui ne sera pas accompli en nous ne sera pas reçu auprès de Lui. Parce que l’œuvre qui n’est pas accomplie n’existe pas encore, et la première œuvre que l’Homme doit accomplir durant le temps de son existence, c’est lui-même, avec l’aide de Dieu.

Le Christ par cette parabole ne dis pas qu’il va séparer l’Humanité en deux camp, il nous parle de l’Homme intérieur, que chacun d’entre nous ici, personnellement, fera l’expérience de cette rencontre le jour de notre passage dans la Vie Éternelle. Il nous montre que ce qui est de Dieu en nous retournera auprès de Dieu et que ce qui n’est pas de Dieu retournera au Feu de la Géhenne. « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». En traversant le Feu de la Géhenne, qui est un feu qui vérifie, tout ce qui est corruptible est brulé et redevient poussière.

Mais alors pourquoi ça nous fait peur ? Pourquoi on est saisi d’impuissance ? Presque de désespoir ? Pourtant le Christ nous a bien dit : « Moi je suis la Résurrection. Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi, ne mourra jamais. »

Peut-être, parce qu’en nous, on commence à saisir notre état intérieur. On commence à saisir la distance, l’abime qui nous sépare de Dieu, à prendre conscience à quel point on manque d’amour. Et que quand on se présentera devant le Christ, comment on se présentera devant Lui ? Devant l’Amour Vivant de Dieu, comment je pourrais tenir ? C’est ça le Jugement. « Qui peut être sauvé ? Aux Hommes, impossible, mais à Dieu tout est possible » et encore « Tout est possible à celui qui croit. ».

Dans l’Évangile de Jean, on lit que : « Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Qui croit en lui n’est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au Nom du Fils unique de Dieu. Et tel est le jugement : la lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises. Quiconque, en effet, commet le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient démontrées coupables, mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin que soit manifesté que ses œuvres sont faites en Dieu. « . On voit ici que nous sommes jugés pour être sauvés, non pas pour être condamnés et que le Christ illumine par le Saint Esprit la qualité de nos œuvres pour nous donner la possibilité de les perfectionner.

Le Jugement c’est de se tenir en Présence de Dieu, et de se laisser irradier, pénétrer de Sa Lumière, afin que notre propre enfer ressuscite avec Lui. En ce sens, prier est un Jugement, la Liturgie est un Jugement, les sacrements sont des Jugements. Des instants où je suis en face à face, en cœur à cœur avec Dieu, et que je m’approche avec confiance, le cœur disponible, conscient de mon indignité.

Saint Sophrony nous rapporte que le Jugement de Dieu se fera en un instant. De la même manière qu’en balayant son regard sur un verre d’eau on voit instantanément la qualité, la pureté de l’eau, si elle est trouble ou non. De même on ne sera pas jugés sur la liste de nos bonnes ou mauvaises actions, mais sur notre capacité à embrasser l’appel de Dieu qui nous invite à ouvrir notre cœur à l’amour, lieu d’accomplissement de notre rencontre avec Jésus. « Qu’as-tu fait de ta vie ? » « Comment as-tu aimé ? » « Veux tu de moi ? ».

Mais avant cette rencontre, le Christ nous offre un chemin simple, Lui qui nous « a prévenu de tout ». Un chemin d’amour et d’humanité, celui qu’Il a accompli sur cette Terre, en venant s’occuper de tout ceux qui étaient rejetés, ignorés, nus, assoiffés, affamés, étrangers, malades, prisonniers.

Les chrétiens sont appelés à témoigner de la présence du Christ Vivant dans le monde. Le Christ a dit « Moi Je suis le Pain de Vie, qui vient à moi n’aura plus jamais faim, qui croit en moi n’aura plus jamais soif. ». C’est par le don de soi en devenant transparents à la Présence du Christ que ceux qui ont faim seront rassasiés, ceux qui ont soif seront désaltérés, que nous aurons la force de visiter les malades et les prisonniers, d’accueillir les étrangers, même si ce n’est qu’en pensée. Et ce temps de Carême nous permet de mettre en pratique tout cela. C’est ça aimer son prochain, reconnaître en lui la dignité d’être humain créer par Dieu, porteur de Son image ! C’est laisser le Christ aimer là où moi, je n’en ai plus la force. On est, chacun d’entre nous ici, les « tout-petits » de l’Evangile, porteurs du Christ.

Alors pendant ce temps de jeûne, occupons-nous de nous-même pour pouvoir s’occuper de ceux qui en ont besoin. Occupons-nous de nous-même avant de se soucier du Salut des autres et de ce qu’ils font. « Toi quand tu jeûne, lave ton visage, parfume ta tête, afin que ton jeûne ne soit pas connu des Hommes, mais de ton Père, qui est là dans le secret. ».

Approchons avec confiance en Sa Miséricorde, afin de ressusciter avec Lui et d’être les brebis qui connaissent leur berger, et qui le suivent, Lui qui « dépose sa Vie librement pour nous ».

Amen

Père Syméon Çuhaciender

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