Homélie dimanche de l’Orthodoxie

Homélie dimanche de l’Orthodoxie 01/03/2026

Lecture de l’Évangile selon saint Jean (du jour) (Jn I,43-51)
Le lendemain (du jour où Il avait nommé Simon Pierre), Jésus résolut de se rendre en Galilée. Il trouve Philippe et lui dit : « Suis-moi ! » Philippe était de Bethsaïda, la ville d’André et de Pierre. Il va trouver Nathanaël et lui dit : « Celui dont ont écrit Moïse, dans la Loi, ainsi que les prophètes, nous l’avons trouvé : c’est Jésus, le fils de Joseph, celui de Nazareth ». Et Nathanaël lui dit : « De Nazareth peut-il venir quoi que ce soit de bon ? » Philippe lui dit : « Viens et vois ! » Jésus vit Nathanaël venir vers lui et dit à son sujet : « Voici un véritable Israélite : il n’y a pas de ruse en lui. » Nathanaël lui dit : « D’où me connais-Tu ? » et Jésus de répondre : « Avant même que Philippe ne t’appelât, quand tu étais sous le figuier, Je t’ai vu. » Nathanaël lui répondit : « Rabbi, Tu es en vérité le Fils de Dieu, Tu es le roi d’Israël ! » Jésus lui répondit : « Parce que Je t’ai dit que Je t’ai vu sous le figuier, tu as la Foi ? Tu verras bien plus que cela ! » Et Il lui dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’Homme ! »

Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit,

Avant d’approcher l’Évangile d’aujourd’hui, je ferais un petit rappel sur ce premier dimanche de Carême.

On fête le Triomphe de l’Orthodoxie. Orthodoxie signifie : Foi droite. C’est la foi, telle qu’elle nous a été transmise par nos Pères, nos Anciens, de manière orale, puis écrite au fil des siècles, l’ayant eux-mêmes reçue des Apôtres, qui l’ont reçue du Christ selon le mot de l’Apôtre Paul dans l’Épître du jour : « Les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine de notre foi et qui la mène à son ultime perfection ». Foi intacte, conservée et animée par le Saint Esprit. Cette Tradition peut être représentée par un vieux pommier, qui donne toujours de nouvelles pommes. L’arbre mère est enraciné profondément dans la terre universelle et est vivifié en permanence par la sève qui monte et descend en lui. Ici on peut entendre la foi des Apôtres, profondément enracinée dans la terre du cœur, lieu de rencontre entre Dieu et l’Homme. Foi vivifiée en permanence par le Saint Esprit qui anime chacun d’entre nous.

L’arbre donne toujours de nouveaux fruits, et chaque pomme contient en elle-même le potentiel de devenir pommier. De même, la Tradition de l’Eglise se renouvelle en permanence et chaque chrétien ici est appelé à accomplir sa vie en laissant naître le germe de vie, dont il est porteur : Le Christ. On porte tous ce potentiel en nous, sa réalisation dépend de nos choix, de notre désir, de notre foi.

Chacun d’entre nous est engendré par l’Église, Corps du Christ, afin de témoigner de la Présence de Dieu dans le monde, de partager la Bonne Nouvelle, l’Évangile et d’être des réceptacles de la Grâce de Dieu.

Mais avant il nous faudra passer par la découverte du vide, de l’abîme, et de la mort à soi-même. Mais on aura l’occasion d’en reparler pour le dimanche de la Croix.

On est héritiers d’une foi vivante, une foi expérimentée, vécue. Et la fête d’aujourd’hui fait mémoire d’une victoire de la foi droite sur l’hérésie. Celle de la victoire en 843, des iconodoules, défenseurs des Saintes icônes sur la doctrine iconoclaste, qui détruisait les images, et interdisait leur culte, en référence au Commandement de Dieu dans Exode : « Tu ne te fera aucune image sculptée, rien qui ressemble à ce qui est dans les cieux, là-haut, ou sur la terre ici-bas, ou dans les eaux, en dessous de la terre ; tu ne te prosterneras pas devant ces dieux, et tu ne les serviras pas. ». Ces idoles représentent finalement toutes nos dépendances, tout ce dont on essaye de se libérer pendant ce temps de jeûne. Tout ce qu’on fait passer au-dessus de Dieu.

Mais au 7ème Concile œcuménique, les Pères avaient rejeté cette doctrine en définissant le culte des Saintes icônes, fondé sur l’Incarnation du Christ : « Plus on les voit, grâce à leur représentation par l’image, plus en contemplant leurs images on est amené à se rappeler et à aimer les modèles originaux et à leur donner salutations et respectueuse vénération – non pas l’adoration véritable propre à notre foi, qui convient à la nature divine seule« . (Canon du Concile)

Saint Basile nous dit aussi : « L’honneur rendu à l’image s’en va au modèle original. Car celui qui vénère l’image vénère en elle la personne de celui qu’elle représente et la sainteté de sa vie. »

Voila ce que nous fêtons aujourd’hui. Les fondements de la théologie de l’icône.

Nos icônes sont vivantes porteuses de la Lumière incréé, elles sont une prière et nous invitent à la prière, elles sont catéchétiques et nous parlent ! Je vous laisserai plonger votre regard dans le leur, parce qu’elles parlent bien mieux que moi.

L’icône, c’est aussi nous-même. On est porteurs de l’Image de Dieu, le visage du Christ resplendit en nous. Mais on ne le voit pas, il ne traverse pas la couche opaque qui le voile. Comment faire ? On entend dans l’Evangile du jour le début du chemin, un premier mouvement : « Viens et vois ».

Quelle Parole puissante. Ces simples mots ne résonnent pas comme un ordre imposé. Ils résonnent comme une douce invitation à découvrir ce qu’on désire, ils nous invitent à rencontrer Dieu. Comment résister ? Aucun de ceux parmi les Apôtres qui reçoivent l’invitation directe du Christ dans l’Evangile la refusent. Mais pourquoi ça nous est si difficile ?

Suivre le Christ demande un dépouillement des plus total. Et se dépouiller de nos attachements terrestres, mondains, nous demandent des efforts bien au-delà de nos forces. C’est impossible à réaliser en une seule fois, en un seul Carême, en toute une vie ! Mais si on en avait simplement le désir, Dieu pourrait entrer dans nos vies par la porte qu’on lui ouvre et on changerait, soit radicalement et instantanément, soit petit à petit. Comme Il rentre dans la vie de Nathanaël par son simple désir de rencontrer celui qui est présenté comme le Messie. Il faut donc beaucoup persévérer dans la prière, la lecture de l’Evangile, en gardant toujours conscience que le fondement de toute actions, pensées ou paroles offerte à Dieu trouve sa source dans l’Amour.

On n’arrive pas à suivre le Christ, peut-être parce qu’aussi on n’a pas conscience que notre éternité se joue dans cette rencontre. Qu’un jour, je quitterais ce monde pour rencontrer le feu de l’Amour divin. C’est douloureux de se rendre compte que le Christ m’a visité un nombre incalculable de fois et que je ne l’ai pas reconnu ! Comme quand le Christ s’adresse à Jérusalem en disant : « Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins sous ses ailes … Et vous n’avez pas voulu ! » ou encore quand Jésus fut près de Jérusalem, pleura sur elle en disant : « Ah ! Si en ce jour tu avais compris, toi aussi, le message de paix ! Mais non, il est demeuré caché à tes yeux. Oui, des jours viendront sur toi où tes ennemis t’environneront de retranchements, t’investiront, te presseront de toutes parts. Ils te jetteront à terre, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le moment où tu fus visitée. ».

 Alors pendant ce temps de Carême, ouvrons nos yeux intérieurs, ouvrons nos oreilles intérieures, ouvrons nos cœurs à la rencontre avec Dieu. Une rencontre désirée, spontanée ! Et acceptons d’être vus par le Christ, comme nous sommes là, ici et maintenant, avec nos faiblesses et nos limites, comme Nathanaël qui s’est laissé voir alors qu’il n’en avait même pas conscience et qui l’a accepté avec joie en confessant le Christ.

En ce dimanche, célébrons la victoire de notre foi sur les ténèbres du péché et marchons avec le Christ dans ce temps de pèlerinage intérieur, en ayant le regard fixé sur Lui. Se rendant obéissants à son invitation aimante : « Viens et vois ».

Amen

Père Syméon Çuhaciender

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