Homélie Dimanche de la Théophanie 

Homélie Dimanche de la Théophanie  18/01/2026 (Ancien style)

Lecture de l’Évangile selon saint Matthieu (Théophanie) (Mt III,13-17)
En ce temps-là, Jésus vint de la Galilée au Jourdain vers Jean, pour être baptisé par lui. Mais Jean s’y opposait, en disant : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et tu viens à moi ! » Jésus lui répondit : « Laisse faire maintenant, car il est convenable que nous accomplissions ainsi tout ce qui est juste. » Et Jean ne lui résista plus. Dès que Jésus eut été baptisé, il sortit de l’eau. Et voici, les cieux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici, une voix fit entendre des cieux ces paroles : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection. »

Au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit

J’aimerais aujourd’hui commenter cet Évangile, cette fête, en analogie avec l’Évangile du Fils Prodigue. Pourquoi ? Parce que la parabole du Fils Prodigue contient le désir de retourner dans la Maison du Père, qui est notre cœur. Et le baptême en est le Chemin.  Mais je commencerai par quelques mots sur l’eau.

L’eau est très présente dans l’Ancien Testament, comme dans le Nouveau. Dans la Genèse : « L’Esprit de Dieu agitait la surface des eaux », ou encore « Qu’il y ait un firmament au milieu des eaux et qu’il sépare les eaux d’avec les eaux ». Avec le puit de Jacob, avec Noé et le déluge. Dans l’Exode avec la source qui jaillit du rocher, le peuple hébreux traversant la mer, la Samaritaine, l’entretien avec Nicodème, renaître d’eau et d’esprit, la piscine de Bethesda, la salive du Christ sur les yeux de l’aveugle né, l’eau qui coule avec le sang de Son côté percé de la lance, etc. … Les exemples sont nombreux !  Jusqu’à l’Apocalypse qui nous dis : « Que celui qui a soif vienne ; que celui qui veut de l’eau de la vie la reçoive gratuitement. ».

La matière, la Création n’est pas neutre, indifférente et morte quand on sait que Dieu est partout présent et remplissant tout. En créant quelque chose, quelqu’un, Dieu y laisse sa Présence. Les bénédictions de l’eau ne sont pas des rituels superstitieux. L’eau est véritablement sanctifiée par la venue de l’Esprit Saint, elle est imprégnée de la prière des fidèles qui appellent l’Esprit. Elle devient l’eau baptismale du Christ.

L’eau est source de vie, elle représente la force vitale, elle purifie. Ses fonctions, ses formes et ses symboles sont nombreux, et invitent à la méditation.

Toute la Création chante Dieu et s’est ouverte pour accueillir le Christ, qui nous appelle sur la Croix : « J’ai soif ».

Et que fais le Christ aujourd’hui ? Il se laisse baptiser par Jean dans le Jourdain. Bien que Jean le Baptiste le lui refuse, s’en détourne, conscient de son indignité, conscient que le Messie, le Christ s’approche de lui. En se faisant baptiser par Jean, le Christ nous montre le Chemin. Notre chemin personnel vers Lui au travers du baptême. Il préparait le baptême futur des chrétiens en agissant ainsi.

Le Christ accompli la prophétie de Jean Baptiste : « Moi je vous baptise dans de l’eau, mais Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. ».

C’est exactement ce que nous vivons nous aussi le jour de notre baptême. Les Cieux s’ouvrent, l’Esprit Saint descend sur nous et le Père Céleste nous appelle ses enfants.

Par le baptême, non le rituel bien qu’il soit porteur de sens profonds, mais par le Sacrement, Dieu fait de nous des fils et des filles, changeant complètement la nature de notre relation avec Lui.

Tous les êtres humains sont enfants de Dieu, certains seulement, refusent de le reconnaître, de se considérer comme tels, même parmi les baptisés ! Parfois par choix, parfois parce qu’ils ont une relation conflictuelle, blessée avec leur père terrestre.

Mais Dieu le Père est Parfait. Pas parfait selon notre propre conception de la perfection, mais parfait dans l’Amour, cet Amour créateur qui remplit tout. Il est infiniment plus doux et aimant que n’importe quel père ici-bas, aussi noble soit-il. Le Christ en parle dans l’Evangile quand il dit : « Quel est parmi vous le père auquel son fils demandera un poisson, et lui remettra un serpent à la place ? Si donc vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père Céleste donnera l’Esprit Saint à ceux qui l’en prient ! »

Dieu s’épanouit, s’étend, resplendis dans les espaces intérieurs que nous lui offrons, la confiance, l’espérance, l’amour, le don de soi, la justesse, la simplicité, etc. … Tout est don de Dieu, à nous de lui offrir une terre fertile, travaillée, disponible. On voit aussi l’attitude patiente et douloureuse du Père qui attend le retour du Fils Prodigue.

Notre baptême est un engagement sérieux, une réponse à l’appel permanent de Dieu par notre désir de répondre Oui à cet appel, de suivre les pas du Christ sans conditions.

Et pourtant ce n’est pas aussi simple que ça n’y paraît. Non que Dieu souhaite que ça soit difficile, mais c’est nous qui rendons notre progression difficile par nos propres convoitises, nos propres faiblesses, nos limites.

Le Fils Prodigue, après avoir reçu sa part de fortune de son père, qui lui donne gratuitement sans poser de questions, pars dans un Pays lointain … C’est-à-dire un lieu éloigné de la Présence de Dieu. Et il y dépense ses dons, ses talents de manière inutile, selon les plaisirs de ce monde. Dans ce lieu éloigné, la famine ne tarde pas à se faire sentir et devient insupportable.

Qu’est-ce que cette faim ? C’est la même que nous vivons pendant les temps de jeûne, c’est la faim de Dieu, la faim de Sa Présence, d’être nourris de Sa Parole, de Ses Saints Mystères.

Mais il continue de chercher la consolation et la solution parmi les propositions du monde, toujours loin du Père. C’est un peu ce que nous faisons du fait de notre manque de confiance en Dieu, en nous même, avec ce besoin de contrôler la situation, d’en être le maître. Pourtant « à chaque jour suffit sa peine ». Ou quand on s’obstine à persévérer dans une voie qui nous éloigne de notre vocation première, celle de notre baptême, où l’Homme est renouvelé profondément à l’Image de Dieu, vers Sa ressemblance.

Mais vient le temps de la nostalgie, de la prise de conscience, du repentir ! Ici le Fils Prodigue vit le baptême de repentir accomplit par Jean. Il « rentre en lui-même » et se souvient que même les mercenaires sont mieux nourris que lui.

Selon les Pères, il y a trois états, celui d’esclave, où l’accomplissement des commandements de Dieu est motivé par la peur d’être puni, maudit. Il y a le mercenaire, accomplissant ses commandements dans l’idée de bien se comporter en vue de recevoir une récompense, motivé par le profit personnel. Et il y a le fils, la fille, qui accomplit les commandement de Dieu en relation avec Lui, en toute liberté, motivés par l’Amour et l’approfondissement de la rencontre avec notre Dieu Vivant.

Le Fils Prodigue retourne donc vers son père, motivé par le désir en se sentant tellement indigne qu’il s’exprime ainsi : « Je ne suis pas digne d’être appelé ton fils. ».

Mais le père ne lui répond même pas, il l’aperçoit de loin et cours se jeter à son cou pour l’embrasser tendrement ! Il est Fils Prodigue, peut-être, mais il en reste Fils. Aucun de nos péchés de dépasse la grandeur de l’Amour de Dieu. Et il demande qu’il soit « vêtu », ce même vêtement qui nous est offert en tant que baptisé : Le Christ.

C’est ce que le Christ Miséricordieux à Lui aussi accompli en se faisant baptiser par Jean dans les eaux du Jourdain. Il est venu offrir la même Miséricorde à chacun d’entre nous que le père au Fils Prodigue. Là où tous les Hommes venaient se faire baptiser avec de l’eau et confesser leur péchés, dans ce lieu imprégné de la douleur humaine, le Christ y a plongé et a sanctifié les eaux. Au milieu de notre douleur, le Christ pose par Sa Présence la consolation. Au milieu de nos peurs, le Christ pose le courage, le réconfort. Au milieu de notre repentir, le Christ sanctifie nos vies en devenant notre vêtement. Par notre baptême, le diable n’a plus d’emprise. Mais restons attentifs aux portes ouvertes qui lui laissent la possibilité de s’introduire dans nos pensées, dans notre cœur.

Aujourd’hui est un jour de fête, le baptême du Christ est réactualisé, et nous rappelle notre vocation de baptisé. Nous aussi essayons d’actualiser notre baptême et ne permettons pas au péché d’entrer dans notre esprit ni dans notre cœur, selon les forces et les possibilités de chacun. Restons dans le bon combat. Prenez le temps de méditer dessus, qu’est-ce que je fais de ce baptême ? Comment je le vis ? C’est important de se sentir responsable, malgré nos faiblesses. Et encore plus important de garder l’espérance que nos péchés sont comme des gouttes dans l’océan de l’Amour de Dieu. Gardons le plus pur possible ce don précieux que nous avons reçu et confions toute notre vie au Père, et au Fils et au Saint Esprit. Amen

Père Syméon Çuhaciender

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