Catéchèse en visio Père Emmanuel 13/03/2025 Triomphe de l’orthodoxie
Dimanche dernier, deux proclamations ont été faites successivement lors de la célébration. Elles ont été conservées car c’était à la fois un dimanche ordinaire et une fête importante : le « Triomphe de l’Orthodoxie ».
Qu’est-ce que le Triomphe de l’Orthodoxie ?
Cette fête fait référence au Septième Concile œcuménique, également appelé le Deuxième Concile de Nicée. À cette époque, l’Église chrétienne était encore unie. Ce concile a eu lieu pour répondre à deux grandes controverses :
- La vénération des icônes : pouvait-on introduire et vénérer des images religieuses dans les églises ?
- La vénération des reliques : était-il permis de vénérer les restes des saints ?
Le concile a tranché en faveur de ces pratiques. La raison principale était que, puisque le Christ est totalement Dieu et totalement homme, il a pris une apparence humaine. Dès lors, il est possible de le représenter visuellement, à condition que ces représentations respectent ce qui est connu de lui.
C’est pourquoi, dans l’iconographie chrétienne, on ne représente jamais Dieu le Père. Quant au Saint-Esprit, il apparaît uniquement sous les formes décrites dans les Évangiles : la colombe ou les langues de feu. Par ailleurs, certaines icônes sont entourées d’un fin liseré rouge-brun, symbolisant le feu de l’Esprit Saint, qui guide la prière et permet une communion « de cœur à cœur » avec la personne représentée sur l’icône.
Il est important de rappeler que les icônes et les reliques ne sont pas adorées, mais vénérées.
Le dimanche passé était consacré à la vénération des icônes, tandis que le dimanche à venir sera consacré à celle des reliques. Ces deux sujets ont été tranchés lors du Septième Concile œcuménique.
Pourquoi les icônes ont-elles été interdites avant ?
Avant ce concile, les représentations religieuses avaient été interdites pour plusieurs raisons :
- Une mauvaise interprétation des Écritures, notamment de l’Ancien Testament, qui interdit certaines images.
- Des raisons politiques, car l’iconoclasme (le rejet des images) servait parfois des intérêts de pouvoir.
L’importance de l’Église orthodoxe dans la conservation d’une histoire visuelle est considérable. Autrefois, les images étaient rares. On en trouvait principalement dans des manuscrits enluminés. Ce n’est qu’à la Renaissance que l’art pictural s’est véritablement développé, avec une forte distinction entre les représentations religieuses et profanes.
Le rôle de Saint Jean Damascène
Un des grands défenseurs des icônes fut Saint Jean Damascène. Il a joué un rôle crucial avant le concile, bien qu’il soit mort avant sa tenue. Ses positions en faveur des icônes lui ont attiré la haine du pouvoir politique. Victime d’un complot, il eut la main tranchée.
La tradition raconte qu’après cet acte, il se mit en prière devant une icône de la Mère de Dieu. Par un miracle, sa main aurait été guérie. C’est en mémoire de cet événement que certaines icônes, appelées « icônes à trois mains », représentent une main supplémentaire en argent.
L’importance pédagogique des icônes
À une époque où la majorité des gens ne savaient ni lire ni écrire, les icônes servaient aussi d’outil pédagogique. Elles étaient souvent placées à l’extérieur des églises pour que même les catéchumènes (ceux qui se préparaient au baptême) puissent apprendre l’histoire du Christ et des Écritures à travers les images.
D’ailleurs, dans les liturgies de Saint Jean Chrysostome et de Saint Basile, il existait une phrase ordonnant aux catéchumènes de quitter l’église après la proclamation de l’Évangile : « Que plus aucun catéchumène ne reste, tous les catéchumènes dehors ! ». Bien que cette phrase ne soit plus prononcée aujourd’hui, elle rappelle cette ancienne pratique.
L’Évangile de dimanche dernier : Jean 1, 43-51
Enfin, voici l’Évangile qui a été proclamé ce jour-là. Il relate la rencontre entre Jésus et Nathanaël :
« Le lendemain, Jésus décide de se rendre en Galilée. Il trouve Philippe et lui dit : “Suis-moi.”
Philippe était de Bethsaïda, la ville d’André et de Pierre.
Philippe trouve Nathanaël et lui dit : “Nous avons trouvé celui dont Moïse et les prophètes ont parlé : Jésus, fils de Joseph, de Nazareth.”
Nathanaël lui répond : “De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ?” Philippe lui dit : “Viens et vois.”
Jésus voit Nathanaël venir vers lui et dit à son sujet : “Voici un véritable Israélite, un homme sans ruse.”
Nathanaël lui demande : “Comment me connais-tu ?”
Jésus lui répond : “Avant que Philippe ne t’appelle, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu.” Nathanaël s’écrie : “Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le Roi d’Israël !” »**
Prenons un moment pour nous arrêter sur ce passage et en saisir toute la profondeur. Nathanaël s’adresse au Christ dans une relation de face à face, dans un échange direct et intime. Il lui demande : « D’où me connais-tu ? » et non « Comment me connais-tu ? » Cette nuance est essentielle. Connaître quelqu’un, ce n’est pas simplement le voir, c’est être en relation avec lui. Dire que l’on connaît quelqu’un signifie que l’on sait véritablement qui il est, que l’on a un lien personnel avec lui.
Le Christ lui répond alors : « Avant même que Philippe ne t’appelât, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu. »
Aussitôt, Nathanaël reconnaît en Jésus le Fils de Dieu et le Roi d’Israël. Pourquoi une
réaction aussi immédiate ?
Le figuier, dans la symbolique de l’époque, représente plusieurs choses. Il peut désigner la synagogue, la maison de prière, ou plus simplement un lieu de méditation des Écritures, un refuge à l’ombre contre la chaleur accablante. Si Nathanaël était sous le figuier en train de prier ou d’étudier les Écritures, qui d’autre que Dieu pouvait le savoir ? En disant qu’il l’a vu, Jésus révèle qu’il connaît Nathanaël dans son intériorité, dans sa relation secrète avec Dieu. Cette révélation est si forte que Nathanaël comprend instantanément qu’il est en présence du Messie.
Ce qui est frappant, c’est que Nathanaël est le premier à confesser ouvertement la messianité de Jésus. Avant même Pierre ou les autres apôtres, il proclame : « Tu es en vérité le Fils de Dieu, tu es le Roi d’Israël. »
Mais Israël, rappelons-le, est le nom donné à Jacob après son combat avec l’ange. En reconnaissant Jésus comme Roi d’Israël, Nathanaël ne parle pas d’un roi politique ou militaire, comme beaucoup de Juifs l’attendaient, mais d’un roi spirituel. Il réalise immédiatement que Jésus est bien plus qu’un simple rabbi de Galilée.
Jésus lui répond alors : « Parce que je t’ai dit que je t’ai vu sous le figuier, tu as la foi ? Tu verras bien plus que cela. »
Cette phrase renvoie à ce qui est au cœur de la foi chrétienne : le kérygme. Mais sur quoi repose-t-il exactement ?
L’Apôtre Paul nous donne la réponse : La Résurrection. Il dit : « Si Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine. » Toute la foi chrétienne repose sur cette certitude. Nathanaël, lui, n’a pas encore vécu cet événement, mais Jésus lui annonce qu’il verra bien plus encore.
Enfin, Jésus conclut par une parole mystérieuse et puissante :
« En vérité, en vérité, je vous le dis : vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme. »
Il fait ici référence à l’épisode biblique de l’échelle de Jacob, où Jacob, dans un songe, voit une échelle reliant la terre et le ciel, avec des anges montant et descendant. Jésus se présente ainsi comme le véritable lien entre le ciel et la terre, entre Dieu et les hommes.
Ce passage de l’Évangile de Jean, en quelques versets seulement, nous plonge dans une révélation spirituelle d’une intensité exceptionnelle. Il nous invite à dépasser une simple lecture historique pour entrer dans une compréhension plus profonde du mystère du Christ.
