Homélie Exil d’Adam 22/02/2026
Lecture de l’Évangile selon saint Matthieu (du jour) (Mt VI,14-21)
En ce temps-là, le Seigneur dit : « Si vous pardonnez leurs fautes aux hommes, votre Père céleste vous pardonnera à vous aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos fautes.
Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme les hypocrites, qui se prennent une mine défaite, pour montrer aux hommes qu’ils jeûnent. En vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage, afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais seulement à ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
Ne vous amassez pas de trésors sur la terre, où les vers et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent ; mais amassez-vous des trésors dans le ciel où ni les vers ni la rouille ne détruisent, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent : car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. »
(chef de St Jean) (Mt XI,2-15)
En ce temps-là, Jean, ayant entendu parler dans sa prison des œuvres du Christ, lui fit dire par ses disciples : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Jésus leur répondit : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute ! » Comme ils s’en allaient, Jésus se mit à dire à la foule, au sujet de Jean : « Qu’êtes-vous allés voir au désert ? un roseau agité par le vent ? Mais, qu’êtes-vous allés voir ? un homme vêtu d’habits précieux ? Voici, ceux qui portent des habits précieux sont dans les maisons des rois. Qu’êtes-vous donc allés voir ? un prophète ? Oui, vous dis-je, et plus qu’un prophète. Car c’est celui dont il est écrit : Voici, j’envoie mon messager devant ta face, pour préparer ton chemin devant toi. Je vous le dis en vérité, parmi ceux qui sont nés de femmes, il n’en a point paru de plus grand que Jean Baptiste. Cependant, le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui. Depuis le temps de Jean Baptiste jusqu’à présent, le royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s’en s’emparent. Car tous les prophètes et la loi ont prophétisé jusqu’à Jean ; et, si vous voulez le comprendre, c’est lui qui est l’Élie qui devait venir. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. »
Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit,
Il y a beaucoup à dire de ces Évangiles. Mais j’ai choisi aujourd’hui de vous parler du pardon. Thème difficile, mais profondément libérateur. Profondément beau ! C’est l’Exil d’Adam, parce qu’on a besoin de connaître notre condition actuelle, notre point de départ pour pouvoir tendre vers le but. Retourner vers la maison du Père, acquérir la Grâce du Saint Esprit, unifier, rassembler notre être pour pouvoir aimer Dieu de toute mon âme, de tout mon cœur, de toute ma force, de tout mon esprit et d’aimer mon prochain comme moi-même.
Le pardon est très présent pendant la Liturgie. Le Christ nous le dit : « Quand donc tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel et va te réconcilier avec ton frère ; puis reviens, et alors, présente ton offrande ». Le frère c’est l’autre, mais c’est aussi nous-même, notre conscience. Et si on ne peut pas le faire pour des questions de distance, faisons-le en pensée.
Le pardon est libérateur. Il vient de Dieu. Et que tout ce qui vient de Dieu permet de me libérer de mon égo, de mes passions, de mon péché. Dans la mesure où je me rends disponible à recevoir ce que Dieu me donne.
C’est ce que nous dis l’Évangile : « Si vous remettez aux hommes leur manquements, votre Père Céleste vous les remettra aussi. »
C’est donc dans la mesure où je pardonne à mon prochain, où je me pardonne moi-même, que je me rends disponible à recevoir le pardon de Dieu.
Mais qu’est-ce que le pardon ? Sous quelle forme s’exprime-t-il ? Je vais essayer d’apporter une petite réponse dans la mesure de mes limites, en laissant également la parole au Christ, à Marie, Mère de Dieu, aux Saints, aux Anciens.
Le pardon est d’abord un don de Dieu, c’est l’amour démesuré de Dieu. Il n’est pas l’oubli de la blessure, mais la libération de toute dépendance émotionnelle, affective par rapport à la blessure. C’est poser la présence du Christ dans un acte qui est souvent bien au-delà de nos forces. Le monde a besoin de pardon.
Le pardon intervient souvent dans les choses importantes, grave, douloureuses, pas uniquement dans le simple fait de ne pas connaître la couleur préférée de la personne en face de nous. On parle de meurtre, de viol, de violence psychologique, physique, verbale. Mais aussi des blessures inconscientes au travers d’acte en apparence peu importants, mais plus subtils, comme la moquerie, le jugement, le rejet, etc. … La liste est longue. Le péché se trouve dans l’esprit qui anime l’acte, dans la division. Le pardon ne se donne pas de manière négligée, banale. Il se donne de manière authentique, sincère, unique. Et pourtant, face a ses blessures terribles, réussir à trouver en soi la force de pardonner relève du miracle alors que notre vie semble brisée. Mais il reste de l’espoir, même si ça prend des années, voir toute une vie.
Si Dieu avait négligé son pardon et nous ne le donnait pas véritablement, notre conscience serait en permanence torturée, tourmentée. Et si à chaque confession j’avais véritablement conscience que l’absolution donnée agissait profondément en moi, ma vie changerait. Si à chaque fois que j’avais entendu : « Ceci a touché vos lèvres, vos iniquités sont enlevées et vos fautes effacées », j’avais intégré profondément ces parole comme vérité dans mon cœur, ma vie changerait. Ce qu’on vit ici, dans l’Église est vrai, tout est vivant, porteur de la Présence du Saint Esprit. A chacun de l’intégrer. Donner et recevoir le pardon ne devrait pas être une habitude, mais un instant unique.
Le pardon chez les juifs à plusieurs formes : Une première où le pardon est donné mais la méfiance reste, la relation est abimée.
Une deuxième où le pardon est donné et la relation est restaurée comme avant dans la joie et les larmes.
Une troisième où le pardon est donné, la relation est restaurée et quelque chose de plus est donné, on dépasse le renouvellement de la relation, on l’approfondit.
C’est là le pardon chrétien tel que le Christ nous l’enseigne. Lui qui nous pardonne tout, monte et meurt sur la Croix librement pour nous sauver, et nous envoie en retour l’Esprit Saint. Lui qui prie : « Père, pardonne-leur, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font. » et qui ressuscite ensuite l’Humanité tout entière. On est non seulement pardonnés par Dieu, mais en plus de renouveler notre relation avec Lui, il nous comble ! Le pardon n’est pas juste en soi selon la justice de ce monde, c’est une folie ! Saint Isaac le Syrien nous dit : « N’aie pas l’audace d’appeler Dieu juste ; car quelle est donc sa justice ? Nous avons péché, mais c’est Son Fils qui meurt sur la Croix pour nous. ». Nous chutons et Dieu envoie ses anges nous servir. Quel Amour inconcevable …
Comme le Fils Prodigue qui revient au Père dépouillé et qui se voit revêtir d’une tunique, d’un anneau au doigt, des chaussures aux pieds et se voit offrir un repas de fête.
Dieu pardonne toujours à celui qui se repent. « Si ton frère vient à pécher, réprimande-le, et s’il se repent, remet-lui. Et si 7 fois le jour il revienne à toi en disant « je me repens », tu lui remettras. ». S’il se repent. Est-ce que ça veut dire que Dieu donne sous condition ? Non. Il donne gratuitement à ceux qui demandent avec foi. C’est précisé parce que c’est une question de capacité à recevoir ce pardon. Si le cœur est déjà rempli de colère, de tristesse, de douleur, comment faire de la place ? Accepter ce pardon ?
Vous avez déjà demandé pardon à quelqu’un qui était encore en colère ? C’est irrecevable. On doit accepter avec patience et douceur, avec repentir que l’autre ne soit pas encore en mesure de recevoir notre pardon et nous donner le sien. Et également que quand on est blessé et que notre prochain vient nous demander pardon, essayer de l’accepter tel qu’il vient, sans conditions, et accepter aussi la possibilité qu’il recommence ! Impossible sans l’aide de Dieu, sans l’Amour tout est impossible et difficile. Sans la conscience profonde de notre imperfection et de la poutre qui se trouve dans notre œil. Nous-même si on n’arrive pas à pardonner c’est que le péché est toujours dans notre cœur.
D’où l’importance de créer ce vide intérieur pendant le temps du jeûne. De se tenir en état de veille intérieure. Ce qui n’empêchera pas forcément la chute mais ça permet de limiter les dégâts.
J’approcherais maintenant un peu le pardon tel que Saint Silouane le partage, de son expérience tirée de la Tradition des Pères, de l’Eglise, animée du souffle de l’Esprit.
Le Saint Esprit Lui-même témoigne que nos péchés sont pardonnés. Et voici un signe que Dieu a pardonné nos péchés : Si on hait, déteste le péché comme source de division, c’est que le Seigneur a pardonné notre péché. Néanmoins on devrait garder en mémoire la laideur de nos fautes. Non pas comme un souvenir déprimant, mais comme un moyen de se souvenir de la grandeur de la Grâce que Dieu m’a offert alors que je n’avais rien à Lui offrir. Et par cette voie, trouver un chemin vers le repentir.
Il faut croire fermement en l’action vivifiante du pardon de Dieu, alors on pourra prier avec confiance. Demandons et le Seigneur nous pardonnera.
Tirons la force de pardonner au travers d’exemples dans l’Écriture : Le pardon extraordinaire de Marie, qui pardonne aux hommes d’avoir crucifié son Fils et qui intercède sans cesse pour notre salut ! Le pardon d’Etienne, premier diacre, lapidé, qui reprend les paroles du Christ, le pardon du Christ Lui-même dans l’Evangile : « Va, tes péchés sont pardonnés ».
À notre tour de projeter, rayonner de l’Amour et la Miséricorde de Dieu. Miséricorde qui signifie : entrailles maternelles !
On ne combat pas le mal par le mal, on combat le mal en montrant la beauté.
Amen
