Homélie Dimanche avant la Théophanie 04/01/2026
Lecture de l’Évangile selon saint Marc (dim avant Théophanie) (Mc I,1-8)
Commencement de l’Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu. Selon ce qui est écrit dans Ésaïe, le prophète : « Voici, j’envoie devant toi mon messager, Qui préparera ton chemin ; C’est la voix de celui qui crie dans le désert : “Préparez le chemin du Seigneur, Aplanissez ses sentiers”. » Jean parut, baptisant dans le désert, et prêchant le baptême de repentance, pour la rémission des péchés. Tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui ; et, confessant leurs péchés, ils se faisaient baptiser par lui dans le fleuve du Jourdain. Jean avait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins. Il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Il prêchait, disant : « Il vient après moi celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier, en me baissant, la courroie de ses souliers. Moi, je vous ai baptisés d’eau ; lui, il vous baptisera du Saint Esprit. »
Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit
Aujourd’hui, l’Évangile, la Bonne Nouvelle, nous parle de préparation.
Tout au long de la Bible, on voit Dieu agir dans chaque Homme, afin d’accomplir ce qu’Il désire, le Salut de l’être humain, retrouver dans le Oui de l’Homme libre le moyen de s’unir de nouveau, d’être en communion. Que l’Homme puisse retrouver un état antérieur aux passions, le même qu’au jardin d’Eden.
On chemine donc au travers de tous les livres de la Bible, de la Genèse, l’Exode, puis plus loin dans les Psaumes, les livres des Prophètes, etc. … Jusqu’à arriver à ce que nous avons vécu, expérimenté il y a quelque jours, la Naissance du Christ.
Tout dans la Loi et les Prophètes ont annoncé la venue du Sauveur, né pour descendre jusque dans notre enfer et nous libérer de nos chaînes. Pourtant nos Anciens ne l’ont pas vu comme nous le voyons. Pour que tout le dessein de Dieu puisse s’accomplir et que l’Esprit Saint puisse être envoyé. Au travers de tous nos refus, Dieu a toujours trouvé le moyen de nous guider.
C’est le Christ qui nous aide à voir, comme il l’a fait avec les disciples d’Emmaüs en leur enseignant les Ecritures. Ou encore l’apôtre Philippe qui enseigne l’eunuque éthiopien sur Isaïe, sous l’inspiration de l’Esprit.
On voit qu’au travers de chaque passage de l’humanité, Dieu l’a préparée avec patience et douceur, attendant que l’humanité gagne en maturité et puisse recevoir le Christ, qui enverra l’Esprit Saint. Même si parfois, cette préparation impliquait un tel changement que l’Homme en a souffert, pour finalement trouver un chemin nouveau, une terre promise. Comme l’Exode du peuple d’Israël qui marcha dans le désert pendant 40 ans, traversant la souffrance, le doute, la peur, l’idolâtrie, la faim, la soif, avant de trouver la Terre Promise. Mais même pendant cette traversée, Dieu a toujours accompagné le peuple d’Israël.
L’Évangile de Marc commence par la lecture, le rappel du Prophète Isaïe :
« Voici que j’envoie mon messager en avant de toi pour PRÉPARER ta route. Voix de celui qui crie dans le désert : PRÉPAREZ le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. »
On pourrait déjà parler longtemps de ce passage … Pourquoi messager ? Il n’y a pas déjà les anges ?
Qui est-ce qui crie dans le désert de notre cœur ? Est-ce que ce ne serait pas cet enfant intérieur qui récite ce passage du Psaume : « Dieu, c’est Toi mon Dieu que je cherche, mon âme a soif de Toi, ma chair Te désire dans une terre déserte et sans eau. » ?
Qu’est-ce que le Chemin ? QUI est le Chemin ?
Comment rendre droits, aplanir ? … Tant de questions possibles ! On peut entendre l’ancien répondre au jeune : « La parole rassure, le silence répond. »
Apprenons à écouter en silence, à écouter LE silence.
On a une multitude d’occasions de se préparer dans notre quotidien, quand deux jeunes amoureux se préparent pour être les plus beaux l’un pour l’autre, quand on reçoit des amis on se prépare à bien les accueillir, quand on cherche un travail on se prépare pour bien présenter, être assuré dans la rencontre.
Alors combien plus on est appelés à se préparer pour venir à l’église ! Se préparer pour communier, se confesser, être baptisé, se marier, avant un entretien spirituel, avant une décision importante, … Il y a aussi la préparation au pardon qui est importante, ou encore la préparation à passer dans la vie éternelle ! Et bien d’autres.
On vient rencontrer ici le Christ. L’Époux de notre âme, ce n’est pas n’importe qui.
Quand le clergé s’habille, on dit cette prière quand on revêt le sticharion : « Mon âme se réjouira dans le Seigneur car il m’a revêtu d’un vêtement de salut et m’a couvert d’une tunique d’allégresse. Il m’a ceint le front d’une couronne comme un époux et comme une épouse Il m’a paré de beauté. »
Ce vêtement nous l’avons tous reçus au moment de notre baptême !
Chacun ici présent, chaque baptisé a revêtu le Christ ! Gardons ça profondément dans notre cœur, dans notre conscience.
Regardons un instant le vêtement de Jean-Baptiste.
« Jean était vêtu d’une peau de chameau, et mangeait des sauterelles et du miel sauvage. » Mathieu rajoute : « D’une peau de chameau et d’un pagne de peau autour de ses reins. »
Je rappelle ici que les reins sont le centre du désir de l’Homme et que se ceindre signifie être en état de veille, être attentif.
Jean est donc vêtu d’habits de peau parce que sa tunique originelle, lumineuse telle que Dieu l’a créée est cachée, recouverte par ce qu’il porte de terrestre, charnel, son dernier vêtement avant d’être nu, comme l’étaient Adam et Eve au Paradis. Et son désir en revanche est attentif, orienté vers « Celui qui vient derrière moi, et qui est plus puissant (dans l’Amour) que moi, dont je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la courroie de ses sandales. »
Et pourtant, Jean le Baptiste est le plus grand parmi les enfants des femmes, selon les mots du Christ.
Il est celui qui était dans les eaux avec le Christ quand Il l’a immergé, baptisé, il était avec le Christ quand Il est descendu dans les entrailles du Monde.
Voici notre condition dans ce monde. Vêtus d’habit de peau, mais animés d’un désir et tout ce temps qui nous est offert nous permet de nous préparer à mourir, c’est-à-dire naître dans la Vie de l’Esprit, dans l’espérance de la Résurrection. Essayons de bien orienter notre désir.
Jean a préparé les Hommes, par le baptême de repentir et la confession des péchés, à recevoir le baptême du Christ, qui nous baptisera avec l’Esprit Saint.
Par le repentir, nous sommes prédisposés à accueillir le Christ. N’approchons pas de Lui avec négligence, comme si tout nous était normal, comme si Sa Grâce était un acquis. On passerait à côté de la vraie rencontre. Je rappelle ici que le repentir n’est pas un état psychologique de regret qui nous invite à aller nous confesser. C’est d’abord un don de Dieu dans notre chemin spirituel. C’est un deuil, profond et douloureux. La tristesse spirituelle d’avoir conscience de s’être librement éloigné de la proximité avec Dieu. Comme le Fils Prodigue, ou encore Adam hors du Paradis.
Alors préparons-nous dans la joie d’être libérés, purifiés, pour approcher du Christ les mains ouverte, le cœur aimant, sans honte, avec une conscience pure.
Reprenons un instant l’Épître de Saint Paul, que je vous invite à relire : « Vous qui êtes ses élus, revêtez vos cœurs de tendresse et de bonté, de patience, de douceur et d’humilité. ».
Préparons-nous par le jeûne spirituel et la prière afin de nous unir intimement au Christ. C’est cette union intime qui a fait dire à Saint Sophrony: « Sa vie est la mienne », ou encore Saint Jean de Cronstdat : « Jésus est ma respiration plus encore que l’air, Il est ma Lumière avant toute autre lumière, ma nourriture et ma boisson, mon vêtement, mon parfum, ma douceur, mon Père et ma Mère, un sol plus ferme que la Terre, que rien ne peut ébranler et qui me porte. »
Amen
