Homélie Le Fils Prodigue

Homélie Le Fils Prodigue 08/02/2026

Lecture de l’Évangile selon saint Luc (du jour) (Lc XV,11-32)
En ce temps-là, Jésus dit cette parabole : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : “Mon père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir”. Et le père leur partagea son bien. Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout ramassé, partit pour un pays éloigné, où il dissipa son bien en vivant dans la débauche. Lorsqu’il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla se mettre au service d’un des habitants du pays, qui l’envoya dans ses champs garder les pourceaux. Il aurait bien voulu se rassasier des carouges que mangeaient les pourceaux, mais personne ne lui en donnait. Étant rentré en lui-même, il se dit : Combien de mercenaires chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : “Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme l’un de tes mercenaires”. Et il se leva, et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, il courut se jeter à son cou et le baisa. Le fils lui dit : “Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils”. Mais le père dit à ses serviteurs : “Apportez vite la plus belle robe, et l’en revêtez ; mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers aux pieds. Amenez le veau gras, et tuez-le. Mangeons et réjouissons-nous ; car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé”. Et ils commencèrent à se réjouir. Or, le fils aîné était dans les champs. Lorsqu’il revint et approcha de la maison, il entendit la musique et les danses. Il appela un des serviteurs, et lui demanda ce que c’était. Ce serviteur lui dit : “Ton frère est de retour, et, parce qu’il l’a retrouvé en bonne santé, ton père a tué le veau gras”. Il se mit en colère, et ne voulut pas entrer. Son père sortit, et le pria d’entrer. Mais il répondit à son père : “Voici, il y a tant d’années que je te sers, sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour que je me réjouisse avec mes amis. Et quand ton fils est arrivé, celui qui a mangé ton bien avec des prostituées, c’est pour lui que tu as tué le veau gras !” “Mon enfant, lui dit le père, tu es toujours avec moi, et tout ce que j’ai est à toi ; mais il fallait bien s’égayer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort et qu’il est revenu à la vie, parce qu’il était perdu et qu’il est retrouvé”. »

Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit

J’aime beaucoup cet Évangile. Il donne tout un itinéraire de vie. Le Christ aborde les grandes étapes de la vie spirituelle avec cette parabole, le péché, la relation entre l’Homme et le Père, l’Amour crucifié de Dieu, notre liberté, la métanoïa/conversion, la dignité, la prière, le baptême, la patience, la vanité, et beaucoup d’autres ! Recevons-le de manière personnelle, intégrons ce passage qui nous fait franchir une étape plus profonde encore vers la Résurrection, le retour vers la Maison du Père.

Le fils prodigue demande au Père : « Donne-moi la part de fortune qui me revient ».

Dieu donne gratuitement et sans mesure. Mais bien souvent Il nous donne ce dont nous avons besoin, pas forcément ce dont on a envie. Notre volonté est souvent maladroite, indécise et mal orientée. Elle s’impose régulièrement, même quand on croit faire la Volonté de Dieu. On se sert de Dieu, sans le servir. La part de fortune c’est le Royaume, mais qu’est-ce qu’on en fait de cet héritage de Dieu ?

Le Fils prodigue ne cherche pas ici la volonté du Père, il désire tout ce qu’il peut avoir et il le prend. Non pas parce qu’il a la force de le prendre, mais parce que Dieu le lui donne, dans son Amour de respecter la liberté humaine, cette liberté qu’Il a placé en nous parce que Dieu est Lui-même Liberté.

Il prend sa part d’héritage et s’en va. Il s’en va où ? Dans un pays lointain.

Est-ce qu’on ne fait pas pareil avec Dieu ? On Lui demande de nous donner sagesse, intelligence, vertus, fortification, prière, joie, etc. … Mais au moment où on reçoit ces dons ou une partie de ces dons, on s’enfuit loin de Dieu, comme si c’était un acquis, en rendant à peine Grâce, comme les dix lépreux qui se trouvent guéris, mais un seul se retourne et se souvient du Christ. Et bien évidemment, coupés de la Source, nos dons qu’on croit posséder pour l’éternité s’épuisent. C’est un meurtre spirituel. C’est un mot fort pardonnez-moi. Dans les commandements de la Loi donné par Dieu à Moïse, il est dit : « Tu ne tueras point. ». Pour les juifs, cela veut plutôt dire : « Quand tu auras envie de tuer, de tuer la Présence Divine en toi, ne le fait pas. ». Et c’est malheureusement ce que tente le Fils prodigue en partant loin. Mais la Vie elle-même ne peux être vaincue, et le désir de Dieu de voir une seule des ses brebis perdues et retrouvée et de se réjouir est infiniment plus grand. Et, comme le Christ a brisé les portes des enfers pour y faire entrer la Vie, le désir de Dieu se porte et appelle jusque dans ce pays lointain, étranger.

La Terre lointaine, le pays lointain dont parle l’Evangile est ce lieu intérieur séparé de Dieu au nom d’une fausse liberté. Le Fils Prodigue dit au Père : « Tu es un obstacle pour moi dans l’accomplissement de ce que je veux faire, donne-moi ce qui me revient et écarte-toi de mon chemin, tu me gêne, je n’ai pas besoin de toi ! Je suis riche ». Quelle illusion.

Il s’en va donc, sous le regard aimant mais douloureux de son Père, faire n’importe quoi avec son héritage. Mais qu’est ce qui peux pousser ce jeune à quitter la Maison du Père, ce lieu où on s’efforce tous d’y revenir !? Sujet à la tentation et l’illusion de pouvoir vivre sans Dieu, Source de Vie, il est devenu esclave de ses passions, de ses pulsions. Il a vécu et a chuté dans les 3 tentations que le Christ vit au désert : Il s’est cru maître de sa propre vie, il s’est senti puissant par sa richesse matérielle et il a recherché la vaine gloire en dilapidant son argent. Il est devenu un sarment coupé de la Vigne. C’est ça le péché, rien d’autre. C’est le refus libre de l’Amour de Dieu, c’est l’éloignement de Celui qui nous aime tant, qui nous amène du néant à l’être, qui est mort pour nous sur la Croix.

Et vient une famine … Cette faim c’est le désir d’union avec Dieu. Privé de la sève, le sarment se dessèche et se souvient de toute les cellules de son être, de son état d’avant. On peut imaginer l’angoisse du sarment, par terre, subissant la solitude, la peur, la tempête, la pluie, le vent, le gel, la chaleur ! Il va mourir. Comme le Fils prodigue, qui n’a plus rien, il a tout dépensé inutilement, il trouve un travail des plus impurs pour un juif, garder les cochons. Il ne peut même pas manger ce que les porcs mangent.

S’il persévère dans cette voie, il va mourir. Mais de même que la Vigne, qui est le Christ, désire à tout prix que le sarment perdu soit de nouveau greffé, de même le Père, désire que son fils lui revienne, se greffe de nouveau à la Vie de la vie.

Rentrer en soi-même est un don de Dieu, c’est accepter d’être vulnérable, c’est reconnaître son état de pécheur, se laisser saisir par la miséricorde de Dieu et la recevoir. C’est se remplir d’espérance face à la laideur du péché. « Oui, je suis devenu esclave, mais je peux redevenir libre si je retourne au Père, si je change radicalement de vie. ». Et c’est ce que le fils prodigue fait.

Et tandis qu’il était encore loin, le Père l’aperçoit, fut pris de pitié, courut se jeter à son cou et l’embrassa tendrement. Quel mouvement extraordinaire de Dieu vers nous !

« Il l’aperçoit ». On peut entendre la Genèse ici, quand Dieu demande à Adam après son péché : « Où es-tu ? ». Non pas que Dieu ne sait pas où nous sommes, qu’on peut se cacher de Lui. Mais que le péché brouille, déforme l’Image qu’Il a placé en nous et défigure le visage du Christ en nous. Et par son retour en Lui-même, le Fils prodigue commence, au travers de son repentir, à renouveler cette Image !

Et le Père l’accomplit en le revêtant de la plus belle robe, la première robe, celle du baptisé qui revêt la robe originelle, l’anneau au doigt, celui de l’Alliance entre Dieu et son peuple, de l’union de l’âme avec l’Epoux, et des chaussures au pieds pour marcher aux côtés de Dieu. Comme le dit Saint Paul : « Mettez comme chaussures à vos pieds le Zèle à la propagation de l’Evangile de Paix ».

C’est merveilleux de voir qu’après s’être confessé, le serviteur reçoit le pardon total de Dieu. Parce qu’il s’est confessé d’un cœur sincère, simple. Il n’est pas rentré dans une multitude de détails, il a simplement confessé son indignité, qu’il a pris conscience de son état et souhaite retrouver sa dignité d’être humain.

Le Père ne répond pas à cette confession sauf par sa Joie aimante. On pourrait paraphraser son silence : « Oui tu es indigne d’être appelé mon fils. Mais tu ne peux être que mon fils ! Tu ne peux pas être serviteur, mercenaire parce que le lien qu’il y a entre nous ne dépend pas de toi et ne peut pas être rompu par ton péché. Il dépend du fait que Moi Je t’aime. Que tu m’as rejeté mais que je ne me suis jamais détourné de toi. »

Notre relation à Dieu n’est pas celle d’un peuple qui a peur d’être puni parce qu’il ne jeûne pas comme il faut. On le voit bien dans l’Evangile, malgré mon péché, si mon cœur est sincère et authentique dans le repentir, et non dans l’auto-flagellation ou la culpabilité, le Père court à notre rencontre. Alors pendant ce temps de préparation, ce temps de jeûne, essayons d’accueillir nos faiblesses comme moyens de conversion. Que nos fautes, nos limites, nos manquements, nos dépendances, nos divisions intérieures puissent devenir des passages. Passages douloureux mais nécessaire pour devenir des Hommes libres.

Amen.

Père Syméon Çuhaciender

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