Homélie Dimanche de la Croix 15/03/2026
Lecture de l’Évangile selon saint Marc (la Croix) (Mc VIII,34-IX,1)
En ce temps-là, Jésus, ayant appelé la foule avec ses disciples, leur dit : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera. Et que sert-il à un homme de gagner tout le monde, s’il perd son âme ? Que donnerait un homme en échange de son âme ? Car quiconque aura honte de moi et de mes paroles au milieu de cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aura aussi honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père, avec les saints anges. » Il leur dit encore : « Je vous le dis en vérité, quelques-uns de ceux qui sont ici ne mourront point, qu’ils n’aient vu le royaume de Dieu venir avec puissance. »
Au Nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit,
Tout ce qu’a accompli le Christ devrait être vécu, perçu comme une extension infinie de Son Amour pour nous. Une manifestation glorieuse de Sa Miséricorde, de Sa Compassion. Comme on le dit dans la Liturgie : « Faisant donc mémoire de ce commandement pour notre salut et de tout ce qui a été fait pour nous, la Croix, la Résurrection au 3ème jour, l’Ascension au Ciel, le siège à ta droite, le second et glorieux Nouvel Avènement. Ce qui est à Toi et qui vient de Toi nous te l’offrons en tout et pour tout. »
La vie que le Christ nous offre, celle qu’Il a vécu en s’incarnant en ce monde devient la nôtre, si on l’accepte avec joie, avec foi. « Sa vie est la mienne » a dit Saint Sophrony.
Si Jésus n’avait pas tout vécu de notre condition, sauf le péché, on ne pourrait pas s’identifier à Lui, on ne pourrait pas avoir envie de le suivre ! Comment avoir envie de suivre quelqu’un qui me demande d’aller en guerre alors que lui me regarde au loin, confortablement assis.
Le Christ est le prototype, le premier, l’Image originelle. Il est le Verbe de Dieu, Créateur de toute chose. Le même qui, dans la Genèse, « DIT que la Lumière soit, et la Lumière fut. ». Il nous a ouvert une voie nouvelle, renouvelée. Il nous a montré l’exemple et le chemin vers le Royaume, cette communion profonde et infinie avec Lui.
Le Christ parlait à partir de son expérience, à partir de ce « qu’Il entendait du Père » et non de savoir appris par cœur. C’est ce qui rend son enseignement, ses commandements si vivants et désirables. Peu auraient envie de suivre un Dieu manipulateur, lointain, intransigeant.
Aujourd’hui Jésus nous propose une voie difficile pour notre égo, mais une voie de réjouissance pour ceux qui cherchent la purification du cœur, qui cherchent à expérimenter ce que le Christ à vécu, chacun à la mesure de sa disponibilité. Une voie de réjouissance pour ceux qui désirent retrouver leur humanité profonde, de redécouvrir l’Amour comme source de Vie. Je suis certain que tous ici, êtes porteurs de ce désir.
« Si quelqu’un veut me suivre ». Il n’y a aucun ordre ici, une simple proposition. « Qu’il se renie lui-même ». On peut entendre : « Qu’il aille au-delà de ses propres envies, plaisirs égoïstes. Qu’il renonce à tout ce qui fait obstacle à ma Présence. Qu’il renie son MOI qui prend toute la place. »
C’est ce que nous cherchons à accomplir pendant le Carême, créer un vide ! Pour que Dieu prenne racine. Plante les racines de Sa Croix vivifiante dans nos cœurs. Et la Croix n’est vénérée que parce qu’elle a reçue le Crucifié. Se signer du signe de la croix c’est revêtir le Christ, recevoir une bénédiction c’est recevoir le Christ, embrasser la Croix ce n’est pas embrasser du bois, mais le Christ invisiblement présent, Lui qui est parmi nous.
« Qu’il se charge de sa croix », ça peut être de prendre sur nous notre responsabilité de baptisé, de chrétien dans le monde comme témoin de la Lumière du Christ. De se sentir participant, par la prière pour le monde, des souffrances du monde. De percevoir jusque dans sa chair la douleur de l’humanité éloignée de Dieu. En ayant conscience de cette responsabilité, je peux, par la Grâce de Dieu, guérir en moi-même les souffrances de mon prochain. Saint Silouane en témoigne de manière magnifique : « Mon âme souffre pour le monde entier ; je prie et je pleure pour tous les hommes afin qu’ils fassent pénitence et reconnaissent Dieu pour vivre dans l’amour et avoir la liberté en Dieu »
« Et qu’il me suive ». Quel renoncement pour suivre le Christ, bien qu’on soit pleins de bonne volonté, on a besoin de la Grâce de Dieu, de laisser le Saint Esprit agir dans nos vies. Saint Silouane en témoigne de nouveau : « Moi aussi, j’ai cru une fois devoir trouver le bonheur sur la terre. J’étais bien portant, fort, joyeux, les gens me voulaient du bien et je m’en vantais ; mais quand j’ai connu le Seigneur dans l’Esprit Saint, tout le bonheur de ce monde m’est apparu comme une fumée. ». On préfèrerait que tout soit joyeux, plaisir, fête, douceur. Mais quand la première tentation ou difficulté surviendrait, on s’écroulerait. Le Christ nous répond : « Que sert donc à l’homme de gagner le monde entier s’il ruine sa propre vie dans la vanité ? »
On doit donc perdre sa vie tournée vers soi-même pour la tourner vers les autres, vers Dieu. C’est ce que Jésus a accomplit sur la Croix, il a tout porté, pour nous. On ne saura jamais ce qu’Il a précisément vécu sur la Croix, ce n’est pas à notre portée. Mais on peut essayer de donner du sens à la mort, à la souffrance, à notre crucifixion personnelle.
Prendre sa croix est un chemin de mort, et de Résurrection, les 2 sont indissociables. Mais pas de mort physique. On fait mourir sur sa croix personnelle notre vieil homme.
Et c’est ça finalement ce qui nous fait souffrir, de nous libérer de nos dépendances, de nos convoitises, de convertir nos passions. On souffre parce qu’on porte la Vie du Christ en nous et qu’on la rejette et qu’on la voit rejetée autour de nous. Beaucoup de choses en nous résistent parce que le vieil homme considère la vie du monde comme une fin en soi, avec tous ces plaisirs comme but de mon existence, mais il y a en chacun de nous l’Homme nouveau qui ne tend que vers Celui qui est « le Chemin, la Vérité et la Vie ». Et pourtant c’est nécessaire pour soulager l’âme, qu’elle n’entre pas dans la vie éternelle rongée par le péché. Et le travail commence dès maintenant. A nous de l’approcher dans la prière pour ne rien refuser de ce chemin de croix, pour déposer devant Dieu tous les soucis de ce monde. Pas uniquement nos soucis matériels et terrestres, mais tout ce qui est loin de Dieu dans l’humanité entière.
Mais alors est-ce que ça veut dire que la souffrance est une condition préalable au salut ? A la purification intérieure ? Oui et non.
Non parce que Dieu n’a voulu ni la souffrance, ni la mort, ni la maladie, ni le péché. Mais oui parce qu’Il nous donne une porte de sortie, d’union avec Lui, de rencontre, en nous montrant comment les accepter dans l’abandon, comment les traverser, comment leur donner du sens. C’est difficile, comment quelqu’un qui vient de perdre son enfant d’une maladie peut entendre ça ? C’est impossible, il faudra sûrement beaucoup de temps, de foi avant de pouvoir retrouver la paix. « Qu’il te soit fait selon ta foi, ta foi t’a sauvé ».
Face aux souffrances du monde, il ne nous reste que la prière, et l’espérance de la Consolation ! « Bienheureux les affligés, car ils seront consolés. »
Alors voilà, approchons la Croix avec crainte de Dieu, foi et amour. Ne la voyons pas comme un obstacle à éviter. Ce qui se trouve dans la Croix est plus grand que toutes nos peines passagères, ça dépasse tout ce qu’on peut espérer, la Résurrection ! Cette souffrance n’est pas à rechercher, mais à accueillir. Evidemment, comme Saint Paul le dit : « Le langage de la Croix est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui cheminent vers leur salut, pour nous, il est puissance de Dieu. »
À nous de suivre le Christ comme les Apôtres, parfois ils ne comprenaient pas, parfois se révoltaient contre ce qu’Il disait, étaient horrifiés, mais sont restés fidèles dans l’amour qu’ils portaient à Jésus et ont tout partagé, chacun à leur mesure.
Dès maintenant, on reçoit dans la Croix, les rayons lumineux et vivifiants de la Résurrection.
Amen
