Catéchèse sur le corps dans la Tradition orthodoxe
Dimanche de Sainte Marie l’Égyptienne
Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit, Amen.
Pourquoi cette catéchèse :
- Incompréhension du rôle du corps
- Déformation de sa participation (mortification, négation, irrespect, flagellation)
- Déformation de sa vocation dans le monde actuel (exaltation du corps comme instrument de plaisir, comme objet, oubli du corps, réduction de l’être à sa seule apparence physique)
- Retrouver un état incarné, celui du Christ
- Participation au Corps du Christ, l’Église
- Le corps comme temple de l’Esprit, retrouver sa vocation au travers de l’Évangile, des Écritures.
Notre corps est un lieu de contradictions. Force, faiblesses, santé, maladie, beauté, laideur, jeunesse et vieillesse.
Soit on subit le poids de ses besoins et de ses pulsions, en réveillant notre animalité. Soit on le rend participant aux besoins de l’âme tournée vers Dieu et alors on réveille notre humanité.
Il doit y avoir une cohabitation de l’âme et du corps.
Le corps est la première chose qu’on rencontre chez l’autre, la première chose qu’on présente au monde, particulièrement notre visage unique, mais il ne définit pas tout notre être.
En hébreu on fait la distinction entre le corps corruptible et la chair immortelle de l’âme. Pour les juifs l’être est corps-âme-esprit.
On a tendance à accuser injustement notre corps. On ne retrouve pas notre vocation parce qu’on est étourdi, enivrés par l’ivresse du péché. Ce n’est pas le monde ou les autres qui sont monstrueux, c’est le péché qui sommeille en germe dans mon cœur et que j’arrose en me séparant de Dieu.
Les péchés de chair sont en fait les péchés de l’esprit que l’Homme commet sur son propre corps. Le corps est ici une victime !
Nos besoins sont réels : manger, boire, dormir, être actif. Le corps demande tout ce qui est simple et sain. Mais quand il demande de l’eau, je lui donne de l’alcool, quand il réclame ses besoins nutritionnels, je le gave d’aliments inadaptés.
Ce n’est pas une règle absolue évidemment, c’est évident que les bonnes choses sont appréciables et occasion d’action de grâce si elles sont reçues comme don de Dieu et avec tempérance.
Essayons de ne pas trop transformer et soumettre les besoins premiers du corps par une imagination et un état d’esprit qui tendent vers l’excès et la dépendance.
L’excès de nourriture est lié de près à l’esprit de fornication par exemple.
« L’esprit de celui qui jeûne prie avec sobriété, mais l’esprit de l’intempérant est rempli d’images impures » (Echelle Sainte 14, 21)
« Celui qui est au service de son ventre et qui espère vaincre l’esprit de fornication, ressemble à un homme qui voudrait éteindre un incendie avec de l’huile » (Echelle Sainte 14, 23)
Le corps peut nuire à l’âme immatérielle si je cède à toutes mes pulsions, mais en veillant sur mon âme, mon corps s’en retrouve illuminé.
« Tout mouvement de l’âme s’accompagne d’un mouvement du corps et tout mouvement du corps s’accompagne d’un mouvement de l’âme » (Evagre)
On peut le voir quand on est doux, paisible, joyeux, notre visage l’exprime également, et de même notre corps par un geste, un acte, une parole, une attitude ou une expression permet de manifester notre amour pour Dieu et notre prochain.
Par exemple, ce qui fait que l’excès de nourriture devient une dépendance, une passion, c’est la léthargie de l’âme, l’oubli de Dieu. Ce n’est qu’en ayant goûté à la douceur de l’Esprit Consolateur, que les délices du monde deviendront sans saveur et qu’on redevienne maître de ses terres intérieures.
Le corps créé par Dieu :
Genèse, Dieu crée l’Homme à partir de la poussière de la Terre (partie la plus pure selon certains Pères), selon la glaise, l’argile (modelable, réceptif) et lui insuffle son Esprit dans les narines (création de l’âme). L’âme pénètre le corps dans sa totalité et lui donne la vie, comme la lumière pénètre l’air.
Dieu confie la Terre à l’Homme pour la cultiver et la garder. La Terre c’est le corps, l’air c’est l’intellect (fine pointe de l’âme, qui à pour vocation de recevoir les énergies divines, le noûs, d’être ouvert à la transcendance), l’eau c’est l’énergie vitale, le feu c’est le cœur.
Notre corps est mortel, notre âme est immortelle. Les deux sont complémentaires, chacun selon sa fonction, « le corps est le serviteur, l’organe et l’instrument de l’âme » (Saint Jean Chrysostome). Toutes les activités de l’âme ne peuvent exister que par le corps, et on peut même dire que l’état de l’âme s’inscrit tout entier dans le corps et particulièrement sur le visage (Saint Jean Cassien, Jean Climaque 30, 17)
Dieu crée le corps en premier dans le texte, non qu’il y ait une primauté, mais que l’Homme a besoin d’un lieu, d’une structure pour s’incarner, mais c’est par le souffle que l’Homme devient un être vivant. « Ils sont créés en un même acte créateur et au même moment » (Saint Grégoire de Nysse). L’âme et le corps séparés ne sont qu’une partie de l’Homme, celui que le Christ à été, lui qui s’est incarné et a vécu parmi nous. (Saint Irénée)
« Les deux substances qui le composent sont distinguées sans être séparées et unies sans être confondues » (Saint Syméon)
« La Parole faite chair » Jean prologue.
Les 5 sens :
Les yeux permettent à l’Homme de voir Dieu au travers de la beauté et l’harmonie de la Création. Les oreilles permettent d’écouter la Parole de Dieu et d’entendre Dieu dans tous les sons du monde. L’odorat permet de sentir en tout être la « bonne odeur du Christ » (2 Co, 2, 15). On sent le parfum d’agréable odeur spirituelle, comme celui qui peut être senti sur des reliques ou des icônes. Le goût pour « gouter et voir comme le Seigneur est bon » (Ps 33), goûter l’Evangile, ruminer la Parole, recevoir la communion ! Les mains, pour les mettre au service de Dieu, les élever dans la prière (Ps 140), donner. De même les pieds pour suivre Jésus, la langue pour chanter Dieu, le cœur pour y accueillir la prière, les poumons pour produire le souffle. Tout les membres du corps ont une vocation à être offerts à Dieu. Et notre corps devient petit à petit corps de gloire, corps mystique
Le corps chez Saint Paul :
- 1 Co 15, 35-53
« La plénitude de la divinité habite corporellement en nous » (Col 2, 9)
« Glorifiez Dieu dans votre corps et dans votre esprit » (1 Co 6, 20)
« Le corps est le temple de l’Esprit » (1 Co 6, 19)
Pour commenter ce passage je laisserais parler Saint Macaire : « De même que Dieu a créé le ciel et la terre pour que l’Homme y habite, de même Il a créé le corps et l’âme de l’Homme pour qu’ils soient Sa propre demeure, pour qu’Il habite dans le corps comme dans Sa propre maison, ayant pour épouse pleine de beauté l’âme bien aimée »
C’est la déification. Quand l’Homme, tout en restant Homme, devient Dieu par Grâce.
(Evangile Jean 15)
Dieu peut s’incarner dans l’Homme et y habiter sans le réduire à néant, sans le consumer, comme Marie. Comme le Buisson Ardent.
C’est ce que Adam avait commencé à accomplir au Paradis. Le corps étant tellement transparent aux énergies divines qu’il ne connaissait ni la douleur, ni la maladie, ni la corruption, ni la mort. Il était impassible, incorruptible et immortel, non par nature mais par Grâce, habillé de la Lumière. Lumière renouvelée au moment du baptême : « Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ, Alléluia »
Pour Saint Maxime le confesseur ou Saint Grégoire de Nysse, le corps du premier Adam n’avait pas l’opacité, l’épaisseur, la lourdeur qu’il a actuellement. Mais qu’il ressemblait au corps ressuscité dont parle Saint Paul.
Même dans la mort, quand mon âme se sépare du corps, je reste un. Ce corps est toujours le mien et sera celui de la Résurrection et mon âme qui chemine vers Dieu est toujours la mienne. Les deux sont gravés par l’empreinte de l’un et de l’autre.
A la Résurrection, mon corps sera différent de celui que je connais actuellement qui est le corps de la chute. Il sera différent par son état ou son nouveau mode d’existence (exemple avec l’embryon) mais ce sera le même dans son identité. Enfant aimé et crée à l’Image de Dieu.
Le Corps du Christ Ressuscité est toujours son Corps, mais les disciples d’Emmaus ne le reconnaissent qu’a la fraction du pain, Marie ne le reconnaît que quand Il l’appelle par son nom, Il traverse des portes fermées, se manifeste à plusieurs endroits simultanément (Mc 16, 9-14).
« Rien dans la vie de l’Homme ne doit rester étranger à la Grâce et à l’illumination du Saint Esprit » Père Boris B.
Le corps et la matière ont été créés pour être porteurs de la grâce et se laisser traverser par le divin. La matière est rendue capable de nous communiquer les dons de Dieu (Eucharistie pain et vin, baptême eau et huile, souffle (air), onction des malades).
La métanie exprime physiquement le lien entre l’âme et le corps.
Tout le corps participe à la prière, si j’ai trop mangé, trop bu, trop dormi ou au contraire pas assez, je touche les limites et les faiblesses de mon corps qui agissent sur l’état de mon âme. D’où la recherche de mortification du corps par les saints ascètes qui souhaitent rester en état de veille pour ne pas perdre la présence du Christ et rechercher une union plus profonde, plus parfaite selon ce qu’il est possible d’accomplir sur Terre en fonction de notre amour, de notre disponibilité, de notre ascèse, par la Grâce de Dieu. (Comme Saint Zozime, Sainte Marie)
Cette recherche peut être vécue par tous, en tout temps de manière unique et personnelle.
Le corps dans l’Évangile :
Évangile du Jugement Dernier (On parle d’Amour qui est porté au prochain qui est le Christ, au moyen du corps : se vêtir, donner à boire, à manger, être visité comme malade ou prisonnier. Il n’est pas dit : Tu enseigneras ton prochain avec de grandes paroles théologiques, l’un est un acte concret et prime sur le second qui est important mais pas essentiel.)
Evangile du Paralytique (D’abord les péchés, puis l’infirmité physique)
Evangile de l’Aveugle-né (Le Corps de Jésus participe en posant Sa main et en utilisant Sa salive)
Et presque toutes les guérisons finalement ! L’âme et le corps sont touchés par la guérison du Christ, bien que le corps soit le plus manifeste et visible instantanément.
Le corps est omniprésent dans l’Évangile parce que le Christ guéris aussi bien les âmes que les corps, Il renouvelle l’Homme dans sa vocation première, Lui qui as assumé le corps humain.
Par son Incarnation, on peut approcher Marie qui fait de son corps non pas un corps tiré d’une immaculée conception, mais d’un corps profondément consacré à Dieu, purifié par le feu de l’Amour.
Le Christ vit ensuite la circoncision, la croissance physique, les tentations au désert (avoir faim, se jeter du haut du Temple, se prosterner,), la soif, la souffrance, la crainte, la tristesse, toute Sa Passion, et la mort. Le Christ « a porté Lui-même nos fautes dans son Corps sur la Croix, pour que, morts à nos propres fautes on vive pour la justice. Lui dont la meurtrissure nous à guéris » (1 P, 2, 24) Il a guéri en Lui-même nos souffrances.
En descendant dans les enfers son Corps brillait de toute la gloire de sa Lumière Divine, traversé par elle. Il a rempli à jamais les enfers de l’absence de Dieu, par Sa Lumière éternelle. Et c’est ce même Corps qu’on reçoit à chaque Liturgie, par le pain traversé de cette Lumière éternelle.
La Liturgie elle-même est ponctuée de nombreuses demandent incluant la guérison de l’âme et du corps.
Amen. Fin du premier essai de catéchèse sur le corps.
