Les deux aveugles et le démoniaque muet- Homélie 19/07/2026
Lecture de l’Évangile selon saint Matthieu (Mt IX,27-35)
Étant parti de là, Jésus fut suivi par deux aveugles, qui criaient : « Aie pitié de nous, Fils de David ! » Lorsqu’il fut arrivé à la maison, les aveugles s’approchèrent de lui, et Jésus leur dit : « Croyez-vous que je puisse faire cela ? » « Oui, Seigneur » lui répondirent-ils. Alors il leur toucha leurs yeux, en disant : « Qu’il vous soit fait selon votre foi ». Et leurs yeux s’ouvrirent. Jésus leur fit cette recommandation sévère : « Prenez garde que personne ne le sache ». Mais, dès qu’ils furent sortis, ils répandirent sa renommée dans tout le pays. Comme ils s’en allaient, voici, on amena à Jésus un démoniaque muet. Le démon ayant été chassé, le muet parla. Et la foule étonnée disait : « Jamais pareille chose ne s’est vue en Israël ». Mais les pharisiens dirent : « C’est par le prince des démons qu’il chasse les démons ». Jésus parcourait toutes les villes et les villages, enseignant dans les synagogues, prêchant la bonne nouvelle du royaume, et guérissant toute maladie et toute infirmité.
Au Nom du Père et du Fils, et du Saint Esprit
Un miracle, selon les mots du Monseigneur Antoine Bloom, c’est un moment où Dieu rétablit l’harmonie qui a été brisée par le péché de l’Homme.
Et aujourd’hui avec ces deux baptêmes célébrés, on vient d’assister à un miracle. Qui continue au cours de la Liturgie et qui s’accomplit au moment de la communion ! Ce moment où Dieu Lui-même « demeure en nous et nous en Lui, pour la rémission des péchés et la vie éternelle. ». Et même ensuite, quand on quittera l’église, à nous de nous souvenir que nous sommes responsables du bon témoignage de ce miracle dans le monde. Chacun selon ses forces et ce qu’il a reçu.
Un peu comme ces deux aveugles guéris, à qui le Christ a pourtant demandé de ne pas parler de ce miracle. Mais à nous au contraire, comme il l’a fait avec les Apôtres en premier, il nous demande d’aller témoigner au monde de Sa présence, de la Bonne nouvelle. « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. »
On témoignera difficilement dans le monde en prêchant dans les rues, mais plutôt en mettant en pratique le nouveau commandement du Christ : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. Aimez-vous les uns les autres. A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. ». On témoignera par notre propre vie, par l’amour qu’on porte à notre prochain, notre attitude dans l’épreuve, notre confiance en Dieu, notre douceur, notre joie, etc. … Finalement toutes ces vertus sont les fruits du Saint Esprit dans notre cœur. « On reconnaît un arbre à ses fruits, un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un arbre gâté porter de bons fruits. »
Et ses fruits grandissent à la mesure de notre foi, de notre réceptivité à Dieu. Si mon cœur est grand, Dieu sera grand dans ma vie, si mon cœur est petit et tourné vers son MOI égocentré, Dieu sera petit dans ma vie.
Mais quelle est la voie à suivre ? La prière est une des voies principales. Et c’est ce dont nous parle l’Evangile aujourd’hui. Du moins c’est ce qui m’a frappé.
J’attire votre attention sur le mouvement des aveugles et du Christ. « Comme Jésus s’en alla, deux aveugles le suivirent. ». 1er mouvement. Les aveugles se mettent à suivre Jésus, ils se sont chargés de leur croix et le suivent, c’est-à-dire qu’ils se renient eux-mêmes, pour faire de la place à Dieu dans leur vie et quitter cette souffrance. Ils acceptent de crucifier leur ancienne vie sur la croix pour être comblés d’une vie nouvelle et lumineuse. Se renier, c’est se laisser la possibilité d’exister en tant que personne. Ils assument leur état actuel et crient vers Celui qui peut les guérir. Comme ça doit être difficile de suivre quelqu’un qu’on ne voit pas !
Quelle foi, quel abandon pour marcher à l’aveugle et suivre Jésus. C’est le début de la prière. Accepter son état et suivre le Christ, même si je ne vois pas Dieu, si je ne sens pas sa Présence. Ce cri « Aie pitié de nous » est le début de la relation authentique et sincère.
Ensuite ils arrivent à la maison et alors, seulement maintenant ils peuvent s’approcher de Lui. 2nd mouvement. La vie de prière est infinie, et il faut beaucoup de patience. Le chemin est long, exigeant et difficile mais libérateur, vivifiant, parce qu’il débouche sur l’océan de l’Amour infini de Dieu pour chacun d’entre nous. La prière est la respiration spirituelle de l’être humain. On ne sait pas combien de temps les aveugles ont suivi le Christ, mais ça a du leur sembler une éternité. Mais les voici proches, en face à face. A la maison ! Cette maison c’est le cœur, le lieu intérieur où Dieu nous rencontre. Cette même maison où est retourné le Fils Prodigue. Plus les aveuglent appelaient le Christ, plus ils se rapprochaient de Lui. Plus nous prions, par la Grâce du Saint Esprit, plus on se rapproche de Dieu, sa Présence nous devient familière. Il ne s’agit pas de quantité, mais d’amour, parce que la prière nait du désir d‘aimer et d’être aimé.
Et voici que le Christ leur pose cette question étonnante : « Croyez-vous que je puisse faire cela ? », on pourrait entendre : « Reconnaissez-vous en Moi tout l’Amour que je vous porte et êtes-vous prêts à le recevoir ?». Dieu est amour, on a spontanément envie de répondre comme les aveugles, « Oui, Seigneur, tu es Dieu, c’est évident ». Et pourtant est-ce qu’on croit réellement que le Christ nous guérit ? Est-ce qu’on voit à quel point Dieu nous aime ? « Dieu est toujours présent à moi, c’est moi qui ne suis pas toujours présent à Lui ».
Dans la parabole du juge inique et de la veuve importune, l’Evangile commence par : « Il leur disait une parabole sur ce qu’il leur fallait prier sans cesse et ne pas se décourager », et pourtant après la parabole et avoir assuré que Dieu agirait pour ses enfants, il ajoute : « Mais le Fils de l’Homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? ». Que trouvera le Christ dans la terre de nos cœurs ? Je suis le premier obstacle à la venue de Dieu et à son action dans ma vie. Et c’est le don de la foi qui nous permet d’entrer en relation avec Lui.
La prière de nouveau nous aide, comme elle a aidé les aveugles à se purifier, ouvrir leur cœur tout au long de leur chemin à la suite du Christ.
Le Christ ne les a pas guéris immédiatement contrairement au muet. Par pédagogie divine, il a vu qu’en faisant émerger en eux la vertu de patience, de persévérance et de fidélité dans la prière, les aveugles se sont préparés plus profondément à recevoir avec espérance la guérison et à le rencontrer. Dieu fait ressortir en nous toute la beauté originelle. C’est comme ça qu’Il nous voit, malgré toutes les couches de poussière qui peuvent recouvrir notre âme.
Et il connaît pour chacun d’entre nous le meilleur moment pour nous guérir. Il nous oriente avec amour et sagesse vers le chemin qui nous correspond et où on pourra s’épanouir spirituellement, aimer et être aimés. Si c’est dans la joie ? Gloire à Dieu. Si c’est dans la maladie ? Gloire à Dieu.
« Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez déjà reçu »
Simplement on ne sait pas quand … Et peut-être que ce qu’on demande n’est pas utile au salut de notre âme. Cherchons l’Amour véritable et faisons confiance à Dieu.
Que notre prière soit simple, authentique. Comme celle des aveugles ou du Publicain. Sans chercher à paraître, en acceptant d’être regardés par Dieu tel que nous sommes. C’est pourquoi la foi et la prière sont une aide indispensable pour la vie du chrétien.
La prière c’est l’expression de notre amour pour Dieu. C’est une flamme vivante qui vient s’unir au Feu dévorant de l’Amour divin.
Seigneur, Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de nous.
Amen
