Homélie Jeudi Saint 09/04/2026
Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit.
Je dirais peu de mots aujourd’hui, tant l’Evangile suffit à nourrir une méditation qui durerait toute la vie ! Sur cette multitude de passages, j’ai choisi de vous parler un peu de l’Eucharistie.
Pardonnez-moi si mes paroles sont faibles face au Mystère du Christ qui nous offre son Corps et son Sang pour la vie du monde.
On vit pendant cette Semaine Sainte un condensé du Mystère du Salut de l’Homme et de la manifestation de l’Amour de Dieu.
C’est d’une puissance sans mesure. Le Christ nous offre son Corps qui a été Transfiguré, qui est mort et Ressuscité, qui s’est élevé à la Droite du Père. Et Il nous l’offre à chaque Liturgie. Gratuitement, au travers du pain et du vin.
« De même que le Corps du Christ voile sa Divinité, de même le saint pain est semblable à un voile qui cache en lui la Divinité (Grégoire Palamas)
Le Christ est pleinement aux Cieux, dans toute la dimension spirituelle, et pleinement sur Terre, dans la dimension matérielle. Dans les Cieux avec le Père, et l’Esprit, et sur Terre dans l’Eglise.
Pendant la Liturgie tout est ouvert, c’est une co-Liturgie céleste et terrestre, même si nos yeux ne sont pas ouverts pour le voir, c’est une réalité vivante.
A un moment dans la Liturgie, on proclame : « Le Christ est parmi nous ! », par l’Eucharistie il n’est plus avec nous, mais EN nous.
En le recevant, on participe à sa Divinité, devenant nous aussi des christ. On communie à la Sainte Trinité, à l’Amour du Père, à la puissance créatrice du Verbe, Fils de Dieu, et à l’action vivifiante du Saint Esprit. Selon les mots de la prière de Jésus au Père : « Comme Toi, Père, tu es en moi, et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous. … Pour qu’ils soient un, comme nous sommes un. Moi en EUX et toi en moi. »
Cette communion nous fait participer à la sainteté du Christ. Comme on le dit : « Les Saints Dons aux Saints ». Et pourtant aucun être humain ne peut devenir saint par ses propres moyens, par ses propres forces, ce n’est pas le résultat des vertus humaines. Tout vient de Dieu et s’accomplit en Lui. Saint Nicolas Cabasilas utilise une belle image : « De même que si beaucoup de miroirs étaient placés sur la Terre, chacun renverrait les rayons du Soleil, et on croirait voir beaucoup de soleils alors qu’il n’y en a qu’un. De même, le Christ, en entrant dans l’Homme, vient rayonner dans nos âmes et fait apparaître la sainteté chez beaucoup. Pourtant Lui seul est Saint. »
Par la communion, notre vêtement originel est renouvelé. Dans la Genèse, Adam et Eve perdent cet habit de Lumière en essayant de bruler les étapes, et prennent conscience de leur nudité. Ils étaient pourtant nus avant ! Mais recouverts de l’habit lumineux que Dieu nous avait offert.
Par notre participation à l’Eucharistie, et aux sacrements, Dieu nous renouvelle, nous recrée. Comme c’est beau !
Saint Jean Chrysostome nous dis qu’il ne suffit pas seulement de vouloir être libéré du péché, mais de désirer recevoir l’Esprit Saint. En sortant d’un marécage boueux, oui, on n’est plus enfoncés dans la boue mais on reste sales. La prochaine étape est d’aller se laver pour être propres et parfumés. Mais ce chemin est long et exigeant et demande une participation humble, active de notre part. Ça implique de garder dans nos cœurs la Présence de Dieu et de ne pas la perdre à peine les portes de l’église franchies.
Gardons en mémoire la phrase incroyable de Saint Paul : « La plénitude de la Divinité habite corporellement en nous ».
On la perd parce qu’on est trop attachés aux choses terrestres, trop alourdis par les soucis de cette vie. Si on voyait la Présence vivante de Dieu en tout, dans toute la matière créée, le Visage lumineux du Christ prendrait de plus en plus de place dans nos vies pour faire apparaître sombre et peu digne d’intérêt les vanités du monde.
Mais comment s’approcher d’un si grand Don ?
Par le désir tout d’abord ! Pourquoi communier si je ne désire pas être uni à Dieu ? Si je ne désire pas recevoir la vraie Vie ? Je peux difficilement m’approcher avec doute.
C’est important d’essayer d’avoir conscience, au moins en pensée, de ce que je reçois, de qui je reçoit. On reçoit ici un Feu, une Lumière que rien ne peut contenir ! On reçoit la Vie elle-même. Que tout notre être soit tendu vers les Saints Dons, sans penser à rien d’autre ! que rien de terrestre ne vienne faire obstacle à l’entrée dans le Royaume.
Evidemment, ça nécessite une préparation personnelle, par la prière, le jeûne eucharistique et spirituel selon les possibilités de chacun.
Comme dans la parabole du semeur : « Le semeur est sorti pour semer … ». Mais comment la semence peut pénétrer la terre du cœur si on ne l’a pas travaillée, retournée, préparée ? Le Christ nous le dit Lui-même : « Travaillez non pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle. »
Pour ça, on peut examiner en soi-même ce qui est loin de Dieu, tout sentiment de paresse, de découragement, de domination et de vaines paroles (St Ephrem), pour le confesser, et demander humblement de l’aide à Dieu.
Lui qui a dit : « Moi je suis le Pain vivant descendu du Ciel, si quelqu’un mange de ce pain, Il vivra pour toujours. Et le Pain que je donnerai c’est ma chair, pour la Vie du monde. ». Le Christ ne veut rien d’autre que tous les Hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de Sa Divinité. Il désire nous sauver, qu’on retrouve en nous-même notre vocation. Par la communion, toutes nos fautes sont effacées, pardonnées. On a reçu le Charbon Ardent que reçoit Isaïe de l’Ange. Selon Saint Cyrille de Jérusalem : « Le charbon est par nature du bois, mais il a été rempli entièrement de feu et possède le pouvoir et l’efficacité du feu ! De même le Christ, pleinement Homme par nature mais rempli de la nature Divine, nous purifie. » Parce que ce n’est pas nous qui intégrons la communion, c’est Dieu qui nous intègre à Lui.
Seul le feu peut s’unir au feu, seul l’amour que je porte pourra s’unir à l’Amour infini de Dieu, comme une lueur de bougie qui s’unit au feu du soleil. Elle est intégrée sans être détruite et devient elle-même partie intégrante du soleil.
Apprenons à aimer Dieu, à aimer son prochain, et mettons-nous en marche avec foi à sa suite pour Lui offrir notre vie tout entière, car : « Qui vient à moi n’aura plus jamais faim, qui croit en Moi n’aura plus jamais soif. »
Dieu vit en nous, est-ce que nous vivons en Lui ?
Amen
