Homélie Dimanche du Paralytique de Bethzatha 03/05/2026
Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit
Christ est Ressuscité !
Quel bel Evangile ! On y voit une foule d’infirmes, de boiteux, d’aveugles, d’impotents qui attendent le bouillonnement de l’eau, parce qu’un ange agitait la surface et celui qui y plongeait était guéri.
Pourquoi l’ange vient ? Et pourquoi il ne vient que par moment ? Quelle est la pédagogie divine de ce passage ?
Sur un plan chronologique, ce passage arrive au début du ministère de Jésus, il est placé ici par l’Eglise dans sa sagesse, pour nous préparer maintenant à la Pentecôte.
Ce qui donne sens au fait qu’un ange vienne par moment. Alors que l’Esprit Saint est donné définitivement, et alors l’eau n’aurait plus une vertu passagère, mais permanente, comme les eaux baptismales.
L’ange apparaît ici comme messager, il annonce le baptême de l’Esprit à venir ! (Diacre)
Il vient malgré tout, envoyé par Dieu pour communiquer la Grâce aux infirmes de ce monde, que nous sommes également. Il montre aux Hommes que Dieu entend leurs prières, mais qu’ils doivent encore patienter pour recevoir quelque chose de plus grand : Le don du Saint Esprit.
Au milieu de tous ces malades, il y en a un, celui qu’on appelle le Paralytique. Et c’est lui que Jésus décide d’aller voir. C’est lui que le Christ a choisi pour nous enseigner encore aujourd’hui sur l’Amour infini de Dieu.
Ce paralytique peut malgré tout se déplacer un peu mais avec beaucoup de difficultés, très lentement. Quelle persévérance … Pendant 38 ans, il a vu beaucoup de malades êtres guéris, passer devant lui. On peut imaginer l’agitation et l’ignorance de la souffrance de l’autre quand l’eau s’agitait. Chacun pour soi ! On peut retrouver cette même agitation dans les mouvements de foules aujourd’hui. Je ne suis pas sûr personnellement que j’aurais moi-même eu le courage de dire : « Tu es dans cet état depuis longtemps, passe devant moi, viens que je t’aide à descendre. ». C’est ici qu’on est confronté au manque d’amour et de compassion, qu’on est placé devant notre propre indifférence, chacun à notre niveau. C’est facile de se l’imaginer pour ceux qu’on aime, sa famille, ses enfants, ses amis. Mais pour quelqu’un dont le visage nous est inconnu, c’est bien différent.
Jésus approche cet homme avec une phrase extraordinaire qui devrait nous habiter en permanence : « Veux-tu retrouver la santé ? Veux-tu être guéri ? »
C’est tellement puissant et terrible en même temps. Cette question engage instantanément notre responsabilité, notre liberté. C’est tellement plus simple de rester dans son confort spirituel, dans sa paralysie, dans son sommeil de péché, dans son oubli de Dieu. Vouloir être guéri c’est accepter de réellement se mettre en mouvement vers une vie nouvelle. Et trop souvent on aimerait que Dieu fasse tout le travail pour nous sans lever le petit doigt.
Ce qui est étonnant c’est que l’homme ne lui répond pas par oui ou non.
Il ne reconnaît pas dans le Christ la source des guérisons. Il se plaint que personne ne l’aide à descendre, témoignant par-là l’indifférence du prochain et pour autant il attend depuis 38 ans sans jamais abandonner ! La où la plupart abandonnent leur prières au bout de 6 mois parce qu’ils n’ont pas reçu ce qu’ils désiraient. La vie spirituelle est exigeante, le temps de Dieu n’est pas le même que le nôtre ; C’est dur parce que nos obstacles intérieurs résistent à l’Amour qui brûle tout ce qui n’est pas de Dieu. Et pourtant si on se place inconditionnellement sur le Chemin du Christ, on l’entendra : « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau et moi je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école parce que je suis doux et humble de cœur et vous trouverez soulagement pour vos âmes. »
C’est important de fournir des efforts, même petits, parce que l’oisiveté nous tue. Saint Jean Chrysostome dit : « Notre nature ne peut soutenir une vie de paresse, mais facilement elle tombe de l’inaction dans le vice. Si un homme tempérant et vertueux n’a pas besoin de travailler, et que tout lui arrive en dormant, cette vie facile, à quoi aboutira-t-elle ? Est-ce qu’elle ne nous rendra pas vains et insolents ? » (Hom. 36 sur Jean)
Dieu l’a bien dit à Adam et Eve dans la Genèse quand il parle de travailler la terre à la sueur de son front et d’accoucher dans la douleur. Il parle de l’ascèse et du travail de la terre de notre cœur et que faire naître et recevoir la Vie et l’Amour de Dieu en nous, implique de se détourner du péché et que l’égo meure, pour que la vie naisse.
Pardon de parler de persévérance alors que j’ai moi-même beaucoup de chemin à faire, mais c’est pourtant une vertu essentielle de notre vie spirituelle. Garder son visage tourné vers le Seigneur, essayer de garder la prière même quand notre cœur est dur, quand notre bouche est muette de douleur ou quand notre cœur est mou et paresseux, permet d’avancer quand même. Je rappelle ici que la prière n’est pas une formule avec beaucoup de mots mais un état, l’état de ceux qui se trouvent en présence de Dieu, qui le désirent. C’est un dialogue silencieux. Comme le paysan avec le curé d’Ars : « Je l’aime, Il m’aime »
Mais cet homme n’a pas le visage tourné dans la bonne direction. Il est tourné vers un lieu porteur de la Grâce, oui peut-être, mais il ne cherche pas la source de cette Grâce.
C’est comme si on disait : « Oh pas besoin de venir à la Liturgie pour communier, j’ai une icône qui suinte à la maison ! »
Et pourtant c’est Jésus qui vient à sa rencontre de là où il attend le moins la guérison. Le Christ vient bien souvent quand on ne l’attend pas. C’est pour ça d’ailleurs que la vigilance intérieure et la prière sont importantes, pour être attentifs aux bruits de pas de la venue de Jésus dans nos vies !
Pourtant, après avoir été guéri, le paralytique ne connaît toujours pas le Christ ! Il ne connaît pas son Nom. Il l’a rencontré, a expérimenté la guérison de l’âme et du corps mais ne sait pas qui l’a guéri. Et c’est seulement dans le Temple, lieu de rencontre entre Dieu et l’Homme, c’est-à-dire, le cœur, qu’il passe de la rencontre à la connaissance !
Avec cet avertissement : « Ne pèche plus, de peur qu’il ne t’arrive pire encore. »
De nouveau notre responsabilité après chaque guérison est engagée. Non pas que le Christ menace de le punir, mais il le prévient des conséquences de se détourner de nouveau après avoir connu l’Amour infini. Ce qui équivaut à dire non à la Vie elle-même.
Pour finir j’aimerais vous partager ce passage du Cantique des Cantiques qui exprime le désir de l’Homme de guérir et rencontrer intimement Dieu, qui est aussi exprimé dans l’Evangile d’aujourd’hui dans toute la démarche du Paralytique : « Sur ma couche, la nuit, j’ai cherché celui que mon âme désire ; je l’ai cherché ; je ne l’ai pas trouvé. (Désir)
Oui, je me lèverai, je tournerai dans la ville, par les rues et les places : je chercherai celui que mon âme désire ; je l’ai cherché ; je ne l’ai pas trouvé. (Recherche et ascèse). Ils m’ont trouvée, les gardes, eux qui tournent dans la ville : « Celui que mon âme désire, l’auriez-vous vu ? » (Anges)
À peine les avais-je dépassés, j’ai trouvé celui que mon âme désire : je l’ai saisi et ne le lâcherai pas que je l’aie fait entrer dans la maison de ma mère, dans la chambre de celle qui m’a conçue. » (Chambre nuptiale des Vierges)
Alors levons nous comme le Paralytique, fortifiés dans la prière, réveillés et remis en marche par le Christ Ressuscité, pour qu’on puisse se préparer à recevoir le Saint Esprit qui nous donnera la force de nous lever et de marcher chaque jour dans la Lumière, vers le Royaume.
Amen
Christ est Ressuscité !
