Homélie Providence

Homélie Providence  21-06-2026

Lecture de l’Évangile selon saint Matthieu (Mt VI,22-33)
« L’œil est la lampe du corps. Si ton œil est sain, tout ton corps sera éclairé ; mais si ton œil est malade , tout ton corps sera dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, grandes seront ces ténèbres !
Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un, et aimera l’autre ; ou bien il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent.
C’est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans des greniers ; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie ? Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? Considérez comment croissent les lis des champs : ils ne travaillent ni ne filent ; cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. Si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs, qui existe aujourd’hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi ? Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas : Que mangerons-nous ? que boirons-nous ? de quoi serons-nous vêtus ? Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez d’abord le royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses vous seront données en plus. »

 

Au Nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit

Selon les Pères, l’œil dont nous parle l’Evangile aujourd’hui est notre propre âme.

La façon dont on perçoit le monde qui nous entoure, nous montre l’état de notre âme, de notre cœur.

Si tout autour de moi semble triste, désagréable, inquiétant, il est fort possible que ce ne soit pas la faute des autres, de la société ou encore de la folie des hommes, mais plutôt de ce qui se passe en nous. De notre état intérieur.

C’est notre âme qui est rendue capable de percevoir la Lumière de Dieu, de l’accueillir et de la refléter. Comme un miroir reflèterai le soleil.

Mais si l’âme est malade qu’est-ce qui se passe ?

Le miroir se retrouve déformé, opaque, brisé, sale, plein de poussière ! Alors comment refléter correctement la pure Lumière ? Comment voir la beauté et la Présence de Dieu dans tout ce qui nous entoure ? Dans cet état, avec une âme malade, c’est difficile !

C’est comme si j’essayais de voir mon visage dans une flaque après avoir agité le fond et fait remonter à la surface la boue. Je ne verrai qu’un visage difforme. Il faudrait attendre que l’eau s’apaise et que la boue redescende au fond pour voir de nouveau correctement.

C’est pareil avec l’image de Dieu en nous, qui est le Visage du Christ !

Si je suis agité, troublé, en train d’alimenter des pensées négatives sur les autres ou sur les évènements de ma vie, je ne pourrais percevoir qu’une Image déformée de Dieu et des autres. Mais comment guérir ?

Souvenez-vous de l’Evangile de la barque et de la tempête,

Qui vient apaiser les eaux dans la tempête ? Qui vient apaiser les troubles de mon cœur agité ? C’est le Christ. Essayons de garder nos yeux, notre regard, notre désir fixés sur Jésus, comme le dit Saint Paul. Tant que les disciples s’agitaient par leurs propres forces à lutter contre la tempête, la situation s’aggravait au point qu’ils se voyaient mourir. Mais quand ils se sont tournés vers Jésus pour lui demander de l’aide, le Christ est venu poser le calme et la paix. De même pour Pierre quand il marche sur les eaux, c’est au moment où il a cessé d’être fixé sur le Christ qu’il a coulé de nouveau.

Voilà le véritable aveuglement, il est spirituel. C’est celui de regarder ailleurs alors que Jésus est en face de nous. Bien plus grave que l’aveuglement physique. On le voit bien d’ailleurs avec Sainte Matrona de Moscou, qui était aveugle mais percevait la Lumière les réalités spirituelles !

Être aveugle spirituellement nous rends insensibles, avec une vision du monde obscurcie. Nous ne voyons que des fragments des choses qui nous entourent. La nature devient fade, le visage du prochain devient source de jugement, les icônes deviennent des tableaux, les sacrements perdent leur sens, le temps devient occasion de se plaindre, etc. … C’est terrible !

Voilà pourquoi l’ascèse est importante, elle nous met en chemin vers la purification du cœur. Par l’ascèse, je me mets en mouvement vers Dieu, je m’ouvre à Lui et à son action dans ma vie, et c’est finalement le Saint Esprit qui viendra me purifier : « Purifie-nous de toute souillures et sauve nos âmes, Toi qui es bonté ».

En ce moment il fait chaud, on ouvre les fenêtres le soir pour avoir de l’air et respirer, c’est la même chose pour nous. Quand les passions nous étouffent et qu’on ne peut plus respirer, la prière devient cette fenêtre ouverte. On se met de nouveau à respirer de l’air pur, celui du Nom de Jésus.

Par le jeûne, la prière (mais pas la prière de demande, la prière silencieuse, celle qui aime et qui écoute), la lecture de la vie des Saints, la lecture du Saint Evangile, la participation aux sacrements et à la Vie de l’Église, et SURTOUT beaucoup d’amour pour Dieu et son prochain, je travaille à rendre mon cœur pur, c’est-à-dire le libérer des passions qui l’encombrent. Alors le miroir se trouve nettoyé et réparé, et on peut continuer à marcher vers le Royaume sans trébucher à chaque pas puisqu’on voit de nouveau. Notre âme et notre cœur sont appelés à être simples ! Comme le regard simple d’un enfant, émerveillé, toujours réceptif à l’instant sans attente particulière, dans une joie authentique.

« Notre âme est par sa nature en perpétuel mouvement » (Saint Athanase)

Elle bouge d’un objet à l’autre en fonction du plaisir que ça lui procure. Forcément, si je nourris mon âme des plaisirs éphémères de ce monde, elle ne sera jamais rassasiée.

Le Christ nous le dit dans l’Évangile de la Samaritaine : « Qui boira de cette eau aura toujours soif, mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif. »

On n’est pas faits pour simplement survivre dans ce monde et accomplir tous nos besoins, désirs et pulsions. Notre vocation est bien plus grande, bien plus profonde. Ne réduisons pas la vocation de l’être humain crée par Dieu. Monseigneur Antoine Bloom a écrit : « L’Homme est tellement grand que Dieu a bien voulu s’incarner en lui. ». C’est pour ça que le Christ nous dit qu’on ne peut pas aimer Dieu et l’Argent. Je précise ici qu’il ne s’agit pas de tous être pauvres et à la rue. Un autre mot est Mammon ; qui signifie en hébreu : accumulation de richesse. Donc le Christ nous parle d’une idole qui prendrait tellement de pouvoir dans nos vies qu’elle prendrait la place de Dieu. Que les richesses du monde nous sembleraient tellement essentielles qu’ont en ferait une divinité. On tomberait alors dans la tentation que Satan suggère au Christ dans le désert.

Jésus nous dit de rassembler les forces de notre âme éparpillée, de les tourner vers Lui et uniquement vers Lui. Parce que chaque passion dont je suis esclave épuise mes forces spirituelles. Il donne aussi une dimension nouvelle aux besoin élémentaires du corps et invite au lâcher prise.

Si Dieu sait exactement ce dont j’ai besoin, pourquoi m’inquiéter ? Ça ne veut pas dire attendre passivement que tout arrive comme par magie, mais simplement se libérer de tout stress inutile. Pourquoi s’inquiéter et souffrir de quelque chose qui n’existe pas ?

« Demain s’inquiètera de lui-même, à chaque jour suffit sa peine ». Je trouve ça libérateur, même si c’est difficile de le mettre en pratique. On est plus habitués à se projeter sur les années, comme si on avait besoin de sureté, de sécurité, de se raccrocher à quelque chose. Penser qu’on a encore de nombreuses années et planifier pleins de choses nous maintient en vie et c’est normal ! Et pourtant on ne sait pas ce qui se passera sur les 10 prochaines minutes.

Chercher le Royaume des Cieux c’est ouvrir son cœur à la Présence de Dieu dans ma vie. Si je suis ouvert à l’abondance intérieure, dans l’action de Grâce, dans les joies comme dans les difficultés, Dieu nous donnera tout ce dont on a besoin. Je suis sûr que beaucoup d’entre vous ont fait l’expérience de recevoir de Dieu exactement ce dont vous aviez besoin, au bon moment !

Ne faisons pas des vanités un but en soi. Traversons notre temps ici-bas avec courage, crainte de Dieu, foi et amour. Au lieu de rechercher le vêtement, cherchons le Vrai vêtement, le Christ. Au lieu de rechercher uniquement la nourriture du corps, cherchons la vraie nourriture, en communiant à la Parole de Dieu, à Son Corps et à son Sang. Et avec confiance et abandon en la divine Providence, cherchons avec un regard d’enfant la Lumière de Celui qui a dit : « Moi, Lumière, je suis venu dans le monde, pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. ».

Prions pour que notre cœur comprenne et devienne doux, que nos yeux voient, qu’on se convertissent et qu’on soit guéris.

Amen

Père Syméon Çuhaciender

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