Homélie de La Transfiguration 06-08-2026
Au Nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit
Le Christ emmène les disciples sur la montagne.
Qu’est-ce que cette montagne ?
Dans la Bible, c’est souvent un lieu de rencontre avec Dieu ! Un lieu de révélation.
On pense à la montagne où Moïse reçu les Tables de la Loi. Et bien d’autres dans l’Ancien Testament. Mais également le sermon du Christ sur la Montagne, la montagne où Jésus monte pour prier pendant que ses disciples sont dans la barque, le Mont des oliviers, le Golgotha, etc. …
La montagne c’est aussi le cœur où la prière s’établit.
Mais avant d’arriver sur la montagne et voir le Christ transfiguré, les disciples ont dû gravir la montagne. Et encore avant ça, ils étaient tout en bas !
C’est souvent ce qui nous arrive. On désire déjà être au sommet alors qu’on n’a même pas encore mis un pied devant l’autre. On désire déjà contempler le Visage transfiguré du Christ avant même de Lui être fidèle dans la prière, dans la lecture de l’Evangile, dans l’accomplissement de ses Commandements d’Amour et dans la participation active à l’office divin.
Je ne dis pas que les moments de Grâces n’arrivent jamais de manière spontanée. Mais rappelez-vous que Saint Paul est devenu aveugle quand la Lumière est venue. Parce qu’il n’était pas prêt, ni disponible pour la recevoir. Il y a peut-être eu beaucoup de non baptisés qui ont été touchés de la Lumière du Saint Esprit sans jamais avoir ouvert un livre de prière, ni être entré dans une église ! Mais nous qui en sommes responsables, c’est important de ne pas négliger la manière dont on s’approche et on reçoit cette Lumière, qui est le Saint Esprit.
On voit donc que le Don de la Grâce, les Dons de Dieu ne se reçoivent pas en fonction du mérite. On ne mérite pas les Dons de Dieu, on s’ouvre avec désir et amour pour les recevoir. Dieu connaît le cœur de chacun et l’oriente vers le lieu où chaque être humain pourra s’épanouir dans l’approfondissement sans fin de l’Amour.
C’est la recherche de Dieu qui nous mène à la Transfiguration. C’est se mettre en route à sa suite, le suivre. « Viens et vois », « Viens ! ». Si le Christ a été transfiguré, on le sera aussi, s’il est Ressuscité, on le sera aussi, mais seulement les parties de notre être qui auront choisi de Le suivre véritablement et qui auront été unifiées par la Grâce de Dieu. D’où l’importance de chercher l’unité et l’harmonie plutôt que la division. De devenir moine, monos, dans son cœur.
Parce que si le Seigneur a été crucifié, on le sera aussi. Je parle ici des croix invisibles et personnelles de chacun. « Le serviteur n’est pas plus grand que son maître ».
Pour Saint Silouane, si tous les Hommes connaissaient l’Amour et l’Humilité de Dieu, on abandonnerait comme de la boue tous nos soucis actuels, tout ce qui nous préoccupe pour ne désirer rien d’autre que cet Amour et cette Humilité. Et alors le monde en serait transfiguré.
Le passage de la Transfiguration dans l’Évangile arrive juste après que le Christ a enseigné aux disciples : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive. »
On voit ici qu’avant de recevoir la Lumière, ou plutôt de communier à la Lumière ; C’est-à-dire de mener une vie commune en toute liberté ; il faut passer par ce premier barreau de l’échelle des Béatitudes : « Bienheureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux ». C’est cette ascension, ce dépouillement que les Apôtres ont vécu en suivant le Christ sur la Montagne. Pourquoi ? Parce qu’ils ne possédaient rien, ils n’avaient que le Christ. Et en n’ayant que le Christ, ils ont déjà tout.
Nous aussi tout au long de notre vie de chrétiens, on est appelés à se débarrasser de nos voiles qui nous cachent la Lumière, qui nous cachent la véritable beauté des Hommes et de la Création, imprégnés de la Lumière incréé de Dieu. Pour qu’on puisse voir ! Parce que vous savez que ce n’est pas le Christ qui change de forme, de visage. Mais ce sont les yeux des disciples qui s’ouvrent. La Transfiguration est d’abord le resplendissement d’un état intérieur. Le Christ étant illuminé par la Présence du Saint Esprit de toute éternité, a donné aux disciples de le voir selon ce qu’ils pouvaient supporter.
J’insiste sur cette ascension parce qu’elle est profondément pédagogique. Sans elle, la prière devient magique, les sacrements deviennent magiques et superstition.
C’est important de prendre conscience de son état actuel, d’être lucide et honnête avec soi-même et surtout avec Dieu.
Mais on ne se voit pas ! On est donc vérifié par le Père spirituel, nos frères et sœurs dans l’Eglise, notre prochain du quotidien, l’Evangile, qui deviennent notre miroir. Pour voir ce qui en nous est encore ténèbres. Ce qui n’a pas accueilli l’Amour de Dieu.
La Transfiguration du Christ nous enseigne de ne pas rester dans les ténèbres et de se laisser irradier totalement !
L’Évangile dit ailleurs : « La Lumière est venue dans le monde et les Hommes ont mieux aimé les ténèbres que la Lumière, car leur œuvres étaient mauvaises. Quiconque, en effet, commet le mal n’aime pas la Lumière et ne vient pas à la Lumière, de peur que ses œuvres ne soient démontrées coupables. »
C’est pour ça que la confession est si importante pour révéler nos œuvres qui ne sont pas de Dieu. Une fois en lumière, en dehors de nous-même, elles perdent de leur pouvoir. Même si les tentations surviennent encore, je peux maintenant choisir par la Grâce de Dieu, la liberté ou l’esclavagisme. N’ayons pas peur d’affronter nos ténèbres, parce que Dieu à placé au fond de notre cœur « la Lumière du Christ qui illumine tous les Hommes. ». Le Christ nous le dit : « Gardez courage, Moi j’ai bel et bien vaincu le monde. ». En vivant cette ascension à la suite du Christ on en sera victorieux, du moins je l’espère !
La vie transfigurée commence par le dépouillement et la prise de conscience de son état et se découvre au travers de l’émerveillement. Si j’arrive à rendre grâce pour un verre d’eau, pour la beauté qui m’entoure, pour la sagesse de la Création, je suis sur le bon chemin. La Lumière incréé de Dieu ne se révèle pas dans une démonstration extérieure, mais dans la simplicité. Il faut s’arrêter de courir pour pouvoir prendre le temps de regarder ! Et si je n’ai pas de temps pour m’arrêter, qu’au moins je porte dans mon cœur le désir de rencontrer le Christ sur la montagne. Pas pour le garder pour soi, comme Pierre qui voulait planter des tentes, mais pour pouvoir offrir et partager au monde un peu de cette beauté.
Je finirai par cette magnifique phrase de Saint Silouane qui résume le début du chemin d’une vie transfigurée : « Heureux le pécheur qui s’est tourné vers Dieu et qui l’a aimé ».
Amen

