Saint Cornély de Carnac

Saint Cornély : vie, fête et miracles à Carnac

Saint Cornély, saint Corneille et ses différentes appellations

En Breton, on l’appelle Sant Korneli , et il occupe une place importante dans les traditions religieuses du sud de la Bretagne, particulièrement à Carnac, dans le Morbihan. La tradition locale l’identifie au pape saint Corneille, qui dirigea l’Église de Rome de 251 à 253. Aujourd’hui, le doyenné de Carnac appartient au diocèse de Vannes 56, Morbihan

Saint Cornély, saint Corneille et ses différentes appellations

Son nom connaît plusieurs variantes selon les lieux et les usages : Cornély, Cornelli, Cornelly, Carneli et Corneille. Ces appellations témoignent de la diversité des traditions populaires qui entourent son culte.

Les fidèles invoquent saint Cornély pour protéger les bovins, les bêtes à cornes et, plus largement, les animaux d’élevage. Cette dévotion reflète l’importance du bétail dans l’économie et la vie quotidienne des communautés rurales.

Quelle est la date de la fête de saint Cornély ?

L’Église célèbre saint Corneille de Rome le 16 septembre. À Carnac, le pardon se déroule chaque deuxième dimanche de septembre.

Ces deux dates correspondent à des usages distincts : la fête liturgique du saint et la célébration locale du pardon

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La vie historique de saint Corneille de Rome

Saint Cornély n’était ni breton ni d’origine celtique. La tradition bretonne a associé son nom à celui de Corneille, pape de Rome au IIIe siècle.

L’Église de Rome élut Corneille évêque en 251, dans un contexte de persécutions et de débats sur la réintégration des chrétiens qui avaient renié leur foi. Son élection rencontra l’opposition de Novatien, qui revendiquait lui aussi le siège épiscopal de Rome.

L’empereur Trébonien Galle ordonna ensuite son exil. Les autorités romaines l’envoyèrent à Centumcellae, l’actuelle Civitavecchia (ville italienne de la région du Latium, située dans la ville métropolitaine de Rome) , où il mourut en 253.

La tradition chrétienne le vénère comme martyr, même si les circonstances exactes de sa mort appellent quelques précisions historiques.

Il faut distinguer cette biographie historique de la légende bretonne, qui a transformé le pape romain en saint voyageur poursuivi jusqu’aux rivages de Carnac.

Quels miracles attribue-t-on à saint Cornély ?

La légende de saint Cornély et les menhirs de Carnac

La légende de saint Cornély constitue l’un des récits les plus connus du patrimoine populaire breton. Elle propose une explication merveilleuse de l’origine des célèbres alignements mégalithiques de Carnac.

Selon la tradition, saint Cornély fuyait une armée de soldats païens envoyés à sa poursuite. Il voyageait sur un char tiré par deux bœufs qui transportaient ses bagages.

Son périple le conduisit jusqu’au littoral du Morbihan. À Carnac, l’océan lui barra la route et les soldats l’encerclèrent.

Le saint implora alors l’aide de Dieu. Selon la version la plus répandue, il se réfugia dans l’oreille de l’un de ses bœufs, puis leva la main vers ses poursuivants. Dieu transforma alors les soldats en pierres.

La tradition locale appelle parfois ces soldats pétrifiés les soudarded Sant Korneli, c’est-à-dire les « soldats de saint Cornély ». Elle voit dans ces pierres les menhirs qui composent aujourd’hui les alignements de Carnac.

Cette légende témoigne de la manière dont les communautés bretonnes ont intégré les mégalithes à leur imaginaire religieux. Elle ne correspond toutefois pas aux données archéologiques : les populations du Néolithique ont érigé les alignements plusieurs millénaires avant la naissance du pape Corneille.

La protection et la guérison des troupeaux

reliquaire St Cornély protecteur des animaux

La tradition bretonne associe étroitement saint Cornély à la protection du bétail. Les fidèles le prient pour préserver les troupeaux des maladies, favoriser la guérison des animaux et protéger les ressources des familles rurales.

La légende explique cette fonction protectrice par le rôle des deux bœufs qui auraient accompagné le saint pendant sa fuite. Ces animaux l’auraient transporté jusqu’à Carnac et auraient contribué à son salut.

Au fil des siècles, les éleveurs ont confié leurs bovins à son intercession. Les bêtes à cornes occupaient une place essentielle dans les travaux agricoles, le transport et la subsistance des familles.

Cette dévotion dépasse le seul pays de Carnac. Elle se retrouve dans plusieurs localités bretonnes et fait écho à d’autres traditions chrétiennes qui invoquent des saints pour la protection des animaux.

Il convient néanmoins de distinguer la place historique de ce culte dans la piété populaire des miracles que la légende attribue au saint.

La bénédiction des animaux

Pardon de St Cornély, Carnac

Chaque deuxième dimanche de septembre, Carnac célèbre le pardon de Saint-Cornély, l’un des pardons les plus connus de Bretagne.

La célébration rassemble les fidèles autour de l’église paroissiale. Elle comprend des offices religieux, des chants traditionnels et une procession. Selon le programme, les organisateurs proposent également une bénédiction des animaux, notamment des bovins. près de la fontaine. St Cornély

Pendant des siècles, le pardon a accompagné la vie religieuse et économique de Carnac. La prospérité associée à cette tradition a notamment contribué au développement de la paroisse et à la construction de son remarquable édifice religieux.

Le pardon perpétue ainsi une dévotion profondément enracinée dans le pays de Carnac. Il associe la prière chrétienne, la mémoire collective et les traditions rurales.

L’église Saint-Cornély et son buste-reliquaire

Eglise St Cornély, Carnac 56 Morbihan

L’église Saint-Cornély compte parmi les édifices religieux remarquables de Carnac. Sa construction, principalement menée aux XVIIe et XVIIIe siècles, lui donne une place importante dans le patrimoine architectural du Morbihan.

Au-dessus du portail occidental, une statue de saint Cornély apparaît entre deux bœufs. Cette représentation rappelle la légende du saint et son rôle traditionnel de protecteur des bêtes à cornes.

St Cornély- Fronton de l'église à Carnac, Morbihan
St Cornély- Fronton de l’église à Carnac, Morbihan
L’odyssée des reliques de St Cornély, Corneille

De Rome à Compiègne, En 877, Charles le Chauve transfère les reliques de saint Corneille de Rome à Compiègne. Puis les reliques de saint Corneille échappent à la destruction révolutionnaire. Des fragments gagnent ensuite Carnac, où ils nourrissent son culte et accompagnent le pardon annuel.

L’église conserve également un buste-reliquaire de saint Cornély en bois doré. Les fidèles le portent en procession lors du pardon, témoignant ainsi de leur attachement au saint patron.

buste reliquaire St Cornély, Carnac 56

La présence de ce reliquaire atteste une tradition de vénération locale. Elle ne suffit toutefois pas, à elle seule, à établir l’authenticité historique des reliques qui lui sont attribuées.

Buste du petit Cornély, Carnac

La nef centrale de la voute de l’église St Cornély de Carnac possède une fresque peinte par Dupond (1729-1732) consacrée à la vie de St Cornély selon ‘la légende dorée’ de Jacques de Voragine 13ème siècle: martyr et miracles de St Cornély.

Voute peinte à Carnac sur la vie de St Cornély

Le cantique de saint Cornély en breton vannetais

Le cantique consacré à saint Cornély occupe une place dans la tradition du Grand Pardon de Carnac.

Paroles en breton vannetais du cantique à St Cornély

A lein en Nean, Sant Kornéli
Taulet ur sel ar hun mizér
Pedet eid omp, ni hou suppli
Gouarantet-ni doh peh danjér

Traduction française du cantique à St Cornély

Du haut des cieux, saint Cornély,
Jetez un regard sur notre misère.
Priez pour nous, nous vous en supplions,
Et gardez-nous de tout danger.

Dans son mémoire de maîtrise consacré aux feuilles volantes vannetaises, Myriam Guillevic a recensé onze feuilles consacrées à saint Cornély de Carnac. Ces documents témoignent de l’importance du saint dans la culture religieuse et chantée du pays vannetais.

Où vénère-t-on saint Cornély en Bretagne et ailleurs ?

Le culte de saint Cornély se concentre principalement dans le sud de la Bretagne. Carnac constitue son centre de dévotion le plus emblématique, mais plusieurs autres localités conservent des lieux de culte ou des traditions associés à son nom.

Dans le Morbihan, on retrouve notamment des chapelles ou des traditions liées à saint Cornély à Port-Louis, Questembert, Muzillac, Péaule et Plouhinec. À Lanester, la chapelle de Locunel porte également son vocable.

On retrouve aussi une chapelle à St Cornély à 29710 Gourlizon.

En pays nantais : saint Corneille à La Chapelle-des-Marais

À La Chapelle-des-Marais, en pays nantais, la tradition connaît le saint sous le nom de saint Corneille. Jusqu’en 1966, un important pardon lui rendait hommage, avec des statues et des chars tirés par des bœufs, selon les traditions rapportées localement.

Cette célébration illustre les liens entre la dévotion au saint, la vie agricole et les grandes fêtes religieuses populaires.

En Cornouailles britannique

La tradition mentionne également une paroisse dédiée à saint Cornelly en Cornouailles britannique( une ancienne paroisse nommée maintenant rattachée à la région de Tregony) au Royaume Uni.

Dans le Westhoek flamand

La dévotion à saint Corneille dépasse également les frontières de la Bretagne. Dans le Westhoek, autour de Dunkerque, de nombreux enfants d’origine rurale ont reçu Cornil comme deuxième prénom.

Cette tradition familiale, encore présente dans certaines familles, rappelle la place de saint Corneille dans la religion populaire flamande. Comme en Bretagne, les fidèles l’invoquaient notamment pour protéger les bovins et préserver les troupeaux.

La Bretagne et le Westhoek partagent ainsi une tradition de dévotion liée à la protection des animaux d’élevage.

Saint Cornély dans la tradition orthodoxe et la mémoire de l’Église indivise

Icône de St Cornély
Icône de St Cornély, écrite par Lise May Serrières, iconographe

Saint Corneille de Rome appartient à la mémoire de l’Église ancienne, antérieure à la séparation progressive des traditions chrétiennes d’Orient et d’Occident. L’Église orthodoxe conserve sa mémoire parmi les saints des premiers siècles.

Son histoire rappelle les persécutions subies par les chrétiens et les débats ecclésiaux qui marquèrent l’Église  au IIIe siècle.

Pour une étude consacrée aux saints de Bretagne antérieurs à 1054, il importe toutefois de distinguer le pape Corneille, personnage historique de l’Église ancienne, et les traditions développées autour de saint Cornély en Bretagne.

La légende des soldats pétrifiés relève de la tradition populaire. La protection du bétail caractérise, quant à elle, la dévotion régionale transmise par les communautés rurales.

Cette distinction permet d’aborder saint Cornély dans une perspective orthodoxe, tout en reconnaissant la richesse du patrimoine religieux et culturel de l’Armorique.

Conclusion : saint Cornély, protecteur des animaux et figure emblématique de Carnac

Saint Cornély occupe une place singulière dans le patrimoine religieux breton. La tradition locale l’identifie au pape saint Corneille, mort en exil en 253, et lui attribue la protection des bovins et des autres animaux d’élevage.

La légende des soldats pétrifiés rattache son nom aux menhirs de Carnac. Le pardon célébré chaque deuxième dimanche de septembre, le cantique en breton vannetais et le buste-reliquaire de l’église perpétuent sa mémoire.

De Carnac à La Chapelle-des-Marais, du pays vannetais au Westhoek flamand, les traditions liées à saint Corneille témoignent de la vitalité d’une dévotion populaire tournée vers la protection des animaux.

Son culte unit ainsi la mémoire chrétienne ancienne, la piété populaire et les traditions rurales de l’Armorique.

Sources pour approfondir la vie de St Cornély

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