Saint Clair, premier évêque de Nantes

La tradition chrétienne de Nantes vénère Saint Clair de Nantes, Klaer, Kler, Sklaer,  comme le premier évêque, fondateur du diocèse de Nantes (44, Loire Atlantique) et l’un des premiers évangélisateurs de l’Armorique. Sa mémoire est particulièrement ancienne dans l’Église de Nantes et demeure liée à celle de l’Église de Vannes, notamment à travers le sanctuaire de Réguiny (56, Morbihan).

st-clair-1er-eveque-de-nantes
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1-Vie de St Clair, son identité selon la tradition chrétienne ancienne

Saint Clair-Sant Kler de Nantes

 

La fête de Saint  Clair se célèbre le 10 octobre, date également attestée dans la tradition liturgique nantaise.

Saint Clair est le saint patron des oculistes et guérisseur des maux de yeux (les « privés de lumière »)

Selon la tradition conservée par les anciens livres liturgiques de Nantes, Saint Clair reçut sa mission de l’Église de Rome et vint annoncer l’Évangile dans la région nantaise. Nous comprenons cette mention dans le contexte de l’Église ancienne indivise, avant la séparation entre Orient et Occident : l’Église de Rome était alors l’une des grandes Églises apostoliques et la mission confiée à un évêque s’inscrivait dans la communion de l’Église universelle.

Le clou de St Pierre

Saint Clair aurait apporté avec lui une précieuse relique : un clou associé à la Passion de l’apôtre Pierre. On conserva ce clou à Nantes dans un oratoire consacré aux saints Apôtres Pierre et Paul. Après avoir établi le siège épiscopal de Nantes, St Clair aurait poursuivi son œuvre missionnaire avec son diacre Déodat, évangélisant une partie de la Haute-Bretagne, notamment les territoires correspondant aujourd’hui aux diocèses de Vannes et de Rennes.

La tradition ancienne fait ainsi de saint Clair un évêque missionnaire, envoyé pour annoncer le Christ, baptiser les nouveaux croyants, organiser la première communauté chrétienne et établir le culte chrétien dans un territoire encore largement païen. Les traditions locales de Réguiny et des environs lui attribuent notamment la fondation ou l’origine de plusieurs communautés placées sous le patronage des saints Pierre et Paul.

2- Une mission apostolique primitive

Statue de St Clair- Cathédrale St Pierre et Paul- Nantes
Statue de St Clair- Cathédrale St Pierre et Paul- Nantes

La tradition nantaise situe son apostolat aux premiers temps du christianisme en Gaule. Une ancienne tradition lui attribue une arrivée à la fin du Ier siècle ou au début du IIe siècle, voir fin du IIIe siècle et en fait le sacerdos de la passion des saints martyrs Nantais Saint Donatien et Saint Rogatien. Une inscription ancienne conservée auprès de son tombeau à Réguiny était interprétée comme indiquant sa mort en 96 ? date également retenue par plusieurs auteurs anciens.

La Chronologie de Saint Clair: une question

Or, D’autres chronologies ont cependant été proposées. La date exacte ne peut pas être considérée comme historiquement certaine. Effectivement, les ouvrages ne donnent pas tous exactement la même datation pour saint Clair de Nantes. La datation la plus prudente serait la fin du IIIᵉ siècle ou le début du IVᵉ siècle, sans avancer d’année précise.

La Borderie privilégie la fin du IIIᵉ siècle, tandis que les notices ecclésiastiques situent généralement son activité au IVᵉ siècle. Son culte n’étant attesté qu’à partir du XIᵉ siècle, il faut distinguer la tradition qui le présente comme premier évêque de Nantes de ce que les documents permettent réellement d’établir.

Dans une perspective orthodoxe, l’intérêt essentiel de cette tradition n’est pas seulement la précision chronologique. Elle témoigne surtout de la conscience qu’avait l’Église de Nantes de recevoir sa foi de la prédication apostolique des premiers siècles. Saint Clair appartient ainsi à cette génération d’évêques missionnaires par lesquels la foi chrétienne s’est enracinée dans les peuples de la Gaule.

La tradition le présente non comme un martyr au sens strict, mais comme un confesseur de la foi : il rend témoignage au Christ principalement par sa prédication, son enseignement, sa vie et son œuvre pastorale. Les anciens textes lui donnent parfois le titre de martyr, mais ce terme pouvait autrefois être employé plus largement pour désigner le témoin du Christ.

 3- Saint Clair et l’Église de Nantes

La tradition chrétienne de Nantes regarde Saint Clair  comme le père fondateur de la communauté chrétienne nantaise. Sa mémoire rattache l’Église de Nantes à l’Église apostolique primitive et à la grande œuvre d’évangélisation de la Gaule.

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Fondation de la cathédrale : Saint Clair fait ériger une petite chapelle dédiée à Saint Pierre et Saint Paul pour y abriter son reliquaire. Cet emplacement exact est celui de l’actuelle cathédrale de Nantes, qui a conservé cette dédicace à travers les siècles. (Note historique : Le clou relique y sera conservé jusqu’au XVIe siècle avant d’être jeté dans la Loire par les calvinistes).

Dans la perspective orthodoxe, il convient de souligner que cette mission s’est déroulée plus de neuf siècles avant le schisme de 1054. Saint Clair appartient ainsi pleinement au patrimoine commun de l’Église indivise.

Il est ainsi légitime pour les chrétiens orthodoxes en France de le recevoir comme un saint de l’Église indivise, au même titre que les autres évêques et missionnaires des premiers siècles de la Gaule.

 4- Réguiny : tombeau, fontaine et reliques

La tradition de l’Église de Vannes conserve à Réguiny, dans le Morbihan, la mémoire particulièrement forte de saint Clair.

  • Lieu de conservation :

    Le crâne et les reliques du saint sont associés à l’église Saint-Clair (et à sa chapelle voisine du XVIe siècle) située dans le bourg de Réguiny.(56, Morbihan) Hélas, le chef reliquaire de St Clair aurait été volé dans les années 1980.

  • Le Tombeau :

    L’église de Réguiny abrite une dalle funéraire en pierre plate ornée d’un bas-relief représentant Saint Clair en costume d’évêque (muni de sa mitre et de sa crosse), avec l’épitaphe commémorant sa mort le 10 octobre 96.. Son tombeau (vidé depuis les invasions normandes à fin du IXe siècle) se situe dans une chapelle jouxtant l’église de Réguiny.

  • La Fontaine Saint-Clair :
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Située à environ un kilomètre de l’église au milieu d’un champ, cette fontaine du XVIIIe siècle fait l’objet d’un pardon traditionnel le deuxième dimanche d’octobre. On associe La fontaine de saint Clair à la mémoire de son apostolat. Elle se dresse au milieu d’un pré (au lieu-dit Kerbellec- la maison du prêtre), à environ un kilomètre du bourg et de l’église. Les pèlerins, utilisait  traditionnellement l’eau, notamment pour les personnes souffrant de maladies des yeux. Cette dévotion est également attestée à Nantes.

  • La tradition du reliquaire de St Clair:

    Lors des cérémonies ou des pèlerinages traditionnels , on plongeait partiellement dans l’eau de la fontaine le reliquaire contenant le chef de saint Clair  pour bénir l’eau offerte aux pèlerins (invoqué traditionnellement pour les maladies des yeux et la vue).

L’ancien office de saint Clair établissait un parallèle spirituel entre la guérison de la vue corporelle et la lumière de la foi apportée aux hommes plongés dans les ténèbres.

Saint Clair, premier évêque de Nantes, par Hippolyte Flandrin
Saint Clair, premier évêque de Nantes, par Hippolyte Flandrin-

« Saint Clair guérissant les aveugles »(peinte entre 1835 et 1836 pour la chapelle Saint-Clair). Bien que  l’incendie de 2020 détruisit le tableau original.

Cette association entre saint Clair et la lumière possède une profonde portée chrétienne : celui qui annonça le Christ, Lumière du monde, on l’invoque afin que Dieu éclaire également les yeux du corps et surtout les yeux du cœur.

Les reliques de St Clair de Nantes

La tradition concernant les reliques de saint Clair est complexe. Une tradition nantaise rapporte que l’on saurait transféré son corps  de Réguiny à Nantes, puis on le mit à l’abri à Angers lors des invasions normandes du IXe siècle. Elle affirme que l’on aurait détruit ou dispersé les reliques pendant la Révolution française.

La tradition de Réguiny, cependant, affirme avec constance que le chef de saint Clair n’a jamais quitté Réguiny. or il aurait été volé dans les années 1980.

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Un bras est également traditionnellement conservé à Josselin. La continuité du culte à Réguiny constitue un élément important de la mémoire locale, même si l’histoire critique ne permet pas de démontrer avec une certitude absolue la chaîne de transmission de toutes les reliques.

On lit ailleurs que le reliquaire contenant le crâne ou la mâchoire fait partie du trésor de la Cathédrale de Nantes. On n’expose généralement pas ces objets précieux à la vue du grand public en permanence, peut-être pas crainte des vols et destruction.

Dans une perspective orthodoxe, cette prudence historique n’enlève rien à la valeur spirituelle de la mémoire du saint. L’Église honore les reliques parce qu’elles témoignent de la sanctification de l’homme tout entier, corps et âme, par la grâce du Christ ; mais la vénération des reliques ne repose pas sur leur pouvoir propre : toute grâce et toute guérison viennent de Dieu.

5. Hymne dédié à saint Clair de Nantes.

Cet hymne provient de la liturgie médiévale locale et figure mot pour mot dans trois bréviaires manuscrits du diocèse de Nantes datant de 1400, 1470 et 1518. Voici les premières strophes de cet hymne médiéval, il met directement en évidence son rôle de saint guérisseur

Sanctus Clarus appellatur
Sacris dictaminibus.
Claritas per quem, donatur
Lumine carentibus.

« Il est appelé Saint Clair / dans les sacrés décrets. / Par lui, la clarté est donnée / à ceux qui sont privés de lumière. »

On chante cet hymne lors de l’office religieux du Propre de Nantes au moment de sa fête (le 10 octobre). On trouve également des traces de ces prières et chants notés en neumes (ancêtres des notes de musique) dans les manuscrits de l’Abbaye de Saint-Aubin d’Angers, là où on mit son corps à l’abri des Normands.

 Kantik Sant Kler (Cantique de Saint Clair)
Breton (Vannetais)Français (Traduction littérale)
Diskan :
O Sant Kler, hon Tad benniget,
Selaouit pedenn ho pugale ;
D’hon daoulagad roit ar sklerijenn,
Hag d’hon eneou ar feiz bepred.
Refrain :
Ô Saint Clair, notre Père béni,
Écoutez la prière de vos enfants ;
À nos yeux donnez la clarté (la lumière),
Et à nos âmes la foi pour toujours.
Kentañ koupled :
Deuet eus Rom gant eskob Lin,
C’hwi zo degouezhet en Breizh-Izel ;
Gant ar c’hloer hag ar feiz kristen,
Evit gounit an eneou d’an Aotrou Doue.
Premier couplet :
Venu de Rome par ordre de l’évêque Lin,
Vous êtes arrivé en Basse-Bretagne ;
Avec le clergé et la foi chrétienne,
Pour gagner les âmes au Seigneur Dieu.
Eil koupled :
E bro Naoned hag e Bro-Wened,
C’hwi ho peus preget an Aviel ;
Ar pirc’hirined d’ho feunteun a red,
Evit kaout pare d’o droug-daoulagad.
Deuxième couplet :
Au pays de Nantes et au Pays de Vannes,
Vous avez prêché l’Évangile ;
Les pèlerins accourent à votre fontaine,
Pour obtenir la guérison de leur mal de yeux.

 En résumé

On considère traditionnellement Saint Clair de Nantes comme le premier évêque de Nantes et l’un des premiers missionnaires chrétiens de Bretagne. Envoyé dans les premiers temps de l’Église, il établit la communauté chrétienne nantaise, consacra un oratoire aux saints Apôtres Pierre et Paul et poursuivit l’évangélisation vers la Haute-Bretagne avec son diacre Déodat.

On conserve particulièrement sa mémoire à Réguiny( 56- Morbihan), où la tradition vénère son tombeau, son chef et sa fontaine. Sa fête se célèbre le 10 octobre. On associe son culte à la lumière, à la guérison des yeux et, plus profondément, à l’illumination de l’homme par la foi en Jésus Christ notre Dieu et sauveur.

La tradition orthodoxe considère, Saint Clair comme un évêque de l’Église indivise, témoin de la foi apostolique en Gaule et père spirituel de l’Église de Nantes, dont la mémoire appartient au patrimoine commun de tous les chrétiens.

 

Sources principales non exhaustives sur saint Clair de Nantes

 

  • Acta Sanctorum – Bollandistes, octobre, tome V, p. 61-66

    C’est une source hagiographique fondamentale . Auguste Molinier renvoie précisément aux Acta Sanctorum, octobre V, pour saint Clair. Acta Sanctorum – Société des Bollandistes

  • Auguste Molinier, Les Sources de l’histoire de France – Époque primitive, mérovingiens et carolingiens, n° 72, 1901-

    Notice très intéressante parce qu’elle donne une lecture critique des sources et renvoie aux Acta Sanctorum. Molinier souligne notamment l’absence de point de vue ancien certain et mentionne les travaux de La Borderie et de Richard.
    Notice de Molinier sur Persée

  • Chanoine Cahour, L’apostolat de Saint Clair, premier évêque de Nantes, tradition nantaise, Nantes, 1883-

C’est une source particulièrement importante pour connaître la tradition nantaise, notamment la mission de saint Clair, le clou associé à saint Pierre et les traditions liturgiques. Le texte est aujourd’hui numérisé.

  • Arthur de La Borderie, Études historiques bretonnes : Saint Clair et les origines de l’Église de Nantes, Rennes, 1884/1888
    C’est une référence majeure pour le débat historique sur les origines du christianisme à Nantes et sur la datation de saint Clair. La Borderie place saint Clair beaucoup plus tard que la tradition apostolique et l’associe au IIIe siècle.
  • Mgr Richard, Étude sur la légende liturgique de Saint Clair, premier évêque de Nantes, Nantes, 1886
    Très utile pour étudier la formation de la légende liturgique et distinguer la tradition cultuelle des données historiques. Molinier considère justement cette légende comme tardive.
  • Mgr Richard, Les Saints de l’Église de Nantes, Nantes, 1873
    Ouvrage ancien consacré aux saints nantais, utile pour la tradition diocésaine et la réception de saint Clair. Il figure parmi les références bibliographiques classiques données pour l’histoire de Nantes.
  • Gallia Christiana, tome XIV, Nantes, notamment les pages consacrées aux évêques de Nantes
    Source essentielle pour l’histoire de l’épiscopat nantais et les anciennes listes épiscopales. Elle est explicitement citée dans la bibliographie consacrée à Nantes.
  • Louis Duchesne, Fastes épiscopaux de l’ancienne Gaule, tome II
    Duchesne examine les listes épiscopales anciennes et permet de mettre en perspective la tradition faisant de Clair le premier évêque de Nantes. Il est cité parmi les références fondamentales.
  • Les anciens livres liturgiques de Nantes
    Un Ordinarium de Nantes daté de 1263 donne déjà saint Clair comme premier évêque de Nantes et rapporte la tradition du clou de saint Pierre.
  • Les bréviaires nantais médiévaux
    Un office de saint Clair apparaît dans des bréviaires manuscrits du XIVe et XVe siècles. Ces documents sont particulièrement précieux pour étudier la construction médiévale de la tradition apostolique de Nantes.
  • Notices des Offices propres de l’Église de Nantes
    Source liturgique plus récente, mais très utile pour voir comment la tradition nantaise a été officiellement conservée. Elle affirme que la tradition fait unanimement de Clair le premier évêque. Or on atteste son culte qu’au XIe siècle et que on situe son activité  vraisemblablement au IVe siècle.
  • Archives historiques du diocèse de Nantes – fonds Saint-Clair
    Il existe un fonds consacré à la paroisse Saint-Clair, comprenant notamment des « Recherches sur saint Clair, premier évêque de Nantes », dans le fonds Cahour. Inventaire des archives de Saint-Clair – Diocèse de Nantes
  • https://www.infobretagne.com/eveque-saint-clair.htm
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