Homélie dimanche après la Croix

Homélie dimanche après la Croix 20-09-2026- 16ème dimanche après la Pentecôte: Mc VIII,34-IX,1

Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit

« Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive. »

Ce sont des paroles si mystérieuses.

Qu’est ce que c’est, se renier soi-même ? Qu’est-ce que c’est se charger de sa croix ? Qu’est-ce que c’est suivre le Christ ?

Il n’y a pas de réponse toute faite à ces questions. Parce que je n’ai pas à les comprendre avec la tête, mais avec le cœur, à les vivre.

« Viens et vois ». Il n’y a pas d’autres moyens de se greffer à la vie du Christ que de se mettre en chemin.

Pour faire vivre mon baptême, pour suivre le Christ, j’ai besoin d’abord de Le désirer. De vouloir Le suivre. « Si quelqu’un veut venir. ». Dieu se propose toujours mais ne s’impose jamais.

L’Evangile est très beau, on peut l’apprendre par cœur et dire : « Je sais, je le connais ». Mais c’est une illusion. C’est quand on se met à essayer de vivre les Commandements de Dieu qu’on se rend compte à quel point c’est difficile. Aimer ses ennemis, pardonner, purifier son cœur, guérir, vivre la vie transfigurée, mourir et ressusciter. On est confrontés à nos propres limites, notre manque d’amour, notre aveuglement. De même pour la prière par exemple. Ça paraît superbe et magnifique de l’extérieur ! Et ça l’est. Mais dès qu’on s’y applique avec engagement et fidélité, on rencontre l’orgueil, l’illusion, la paresse, la dureté de cœur, etc.

On reçoit Dieu proportionnellement à notre réceptivité !

On l’apprend de la parabole des talents. « Le maître donne à chacun selon ses capacités ».

Et pour ouvrir son cœur à Sa Présence, le Christ nous demande de nous renier nous-même. C’est-à-dire en toute liberté, par choix conscient. Ce n’est pas le Christ qui nous renie, c’est nous-même. Ça engage notre participation active. Mais qu’est-ce que c’est de se renier ?

Ça ne veut pas dire ici de ne plus exister, de s’exclure, de se rejeter inutilement. Se renier, c’est découvrir en nous là où il n’y a pas d’amour, pour y laisser agir le Christ.

Le reniement est vécu différemment si on est moine ou dans le monde, si on a 15 ou 90 ans, si on est un membre du clergé ou laïc, si on est parent ou seul.

Mais le but est le même. C’est de se libérer de son moi égoïste pour faire place au Christ. Pour faire place à l’Amour, qui est ce talent que Dieu nous donne. Être prêtre ou avoir une famille peut être une passion si je le fais pour moi. Alors qu’aimer implique justement de donner et de se donner gratuitement sans rien attendre en retour. De le vivre comme un service pour Dieu et pour mon prochain.

Mais pour renier il faut malgré tout avoir.

Je ne peux pas me libérer d’une passion dont je n’ai pas conscience. Pour renier l’orgueil, par exemple, il faut l’avoir vécu.

Le reniement est un passage vers une rencontre plus intime avec Dieu, qui est Amour.

Et ce passage mène à la Croix ! « Qu’il se charge de sa croix »

La Croix est l’expression la plus forte de l’Amour de Dieu pour l’Homme. Il s’est offert, Il a donné sa Vie librement pour nous sauver. Pour qu’a notre tour on L’aime librement en regardant le sacrifice immense qu’Il a accompli pour nous. « Il n’y a pas de plus grand Amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».

Les bras ouverts sur la Croix, le Christ a accueilli toutes les souffrances de l’humanité, les a portées pour nous guérir. Par Amour ! C’est Lui qui nous a aimé le premier.

Comme le dit l’Evangéliste Matthieu en reprenant Isaïe : « Il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies. ». Se charger de sa croix c’est accepter de partager la vie du Christ en fonction de nos possibilités. De demander à Dieu de nous apprendre à aimer.

Se charger de sa croix est aussi intimement lié à l’Amour du prochain.

Le Christ nous enseigne et nous demande de l’aimer de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit et de toute nos forces. Et Il demande d’aimer notre prochain comme nous-même ! Que les deux Commandements sont semblables.

Saint Jean nous dit : « Bien aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour est de Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, parce que Dieu est Amour. […] Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », mais qu’il déteste son frère, c’est un menteur. Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas. »

Les talents que Dieu nous donne sont ce potentiel d’Amour à faire fructifier. Et Il nous donne de l’exprimer pour Lui, mais aussi les uns pour les autres. Parce que la relation n’existe qu’entre les personnes. Il suffit que des regards se croisent pour que l’autre nous apparaisse soudainement comme une personne entière, unique, alors que jusqu’ici elle n’était qu’un étranger. Et c’est au moment où il y a cette rencontre que je suis capable d’aimer mon prochain. Les Saints aimaient tous les Hommes. Pour nous, aimer ceux qu’on ne connaît pas, ceux dont on ignore l’existence nous est très difficile. C’est tellement plus confortable d’aimer seulement ceux qui nous font du bien, qui pensent comme nous, etc. Mais on ressemble alors au serviteur qui enfouit son talent ! On n’aime pas suffisamment et on n’aimera jamais assez. Il suffit de regarder l’Amour infiniment grand du Christ pour chacun de nous, de la Mère de Dieu, des Saints, pour comprendre que le mien est infiniment petit.

Mais dans mon prochain se trouve Dieu. Dans le visage de mon prochain se trouve le Visage du Christ. C’est parce que chacun existe que l’Amour peut être partagé, vécu, donné.

Se charger de sa croix c’est mettre l’amour au centre de ma vie quoiqu’il m’en coûte. Et ça nous en coûte beaucoup généralement. Parce qu’on s’accroche avec force à sauver notre vie sans Dieu, notre vie tournée vers nous-même. C’est alors qu’on la perd.

Pardonnez-moi, mes mots sont d’une pauvreté infinie pour exprimer cet Amour.

Mais j’invite chacun aujourd’hui à expérimenter l’Evangile, à découvrir en soi ce talent d’Amour à faire fructifier ! A confier à Dieu toutes ses imperfections, ses faiblesses. A lui demander d’éclairer et de purifier nos cœurs, d’ouvrir nos yeux, pour qu’on puisse cheminer à sa suite, devenir ses disciples et avoir l’audace de porter le nom de chrétien.

Saint Sophrony disait : « On ne vit pas en chrétien, on meurt en chrétien. »

Amen

Père Syméon Çuhaciender

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut