L’icône de Vladimir de la Mère de Dieu est l’une des icônes les plus célèbres et les plus vénérées de la tradition orthodoxe. Venue de Byzance au XIIe siècle, elle appartient au type iconographique de la Tendresse (Eleousa), qui représente la Vierge Marie et l’Enfant Jésus dans une proximité empreinte d’amour et de douceur. Son histoire, étroitement liée à celle de la Russie, témoigne de son importance spirituelle et de la profonde vénération dont elle fait l’objet. L’icône est exposée dans la galerie Tretiakov de Moscou dans l’église Saint-Nicolas de Tolmatchi . Elle est traditionnellement considérée comme la sainte patronne et protectrice spirituelle de la Russie.
Les fêtes liturgiques de l’icône de Vladimir
L’Église orthodoxe russe célèbre trois fêtes en l’honneur de l’icône de Vladimir. Chacune rappelle un événement historique au cours duquel les fidèles ont invoqué la protection de la Mère de Dieu.
Selon le calendrier suivi, ces commémorations ont lieu :
- 21 Mai/3 juin : mémoire de la délivrance de Moscou, en 1521, face à la menace des troupes du khan de Crimée Mehmed Giray.
- 23 juin/6 juillet : mémoire de la délivrance de la Russie face à l’armée du khan Akhmat, en 1480, événement associé à la fin de la domination mongole.
- 26 Août/ 8 septembre : mémoire de l’arrivée de l’icône à Moscou en 1395, lorsque les fidèles prièrent pour la protection de la ville face à Tamerlan.
Ces trois célébrations rappellent la place de l’intercession de la Mère de Dieu dans l’histoire spirituelle de la Russie.
La fête du 8 septembre revêt une importance particulière à Moscou, notamment au monastère de la Rencontre (Sretenski), fondé en mémoire de l’accueil de l’icône.
Histoire et origine de l’icône de Vladimir
De Jérusalem à Constantinople
Selon la tradition de l’Église, l’apôtre et évangéliste Luc aurait peint cette icône. Il aurait utilisé une planche provenant de la table autour de laquelle la Mère de Dieu, Joseph et l’Enfant Jésus prenaient leurs repas.
La tradition rapporte que, contemplant son image, la Mère de Dieu aurait prononcé ces paroles : « Désormais, toutes les générations me diront bienheureuse. Que la grâce de celui qui est né de moi et des miens soit avec cette image. »
Cette attribution à saint Luc relève de la tradition ecclésiale et ne peut être établie historiquement.
Selon le même récit traditionnel, l’icône serait demeurée à Jérusalem avant de rejoindre Constantinople. Les sources historiques ne permettent toutefois pas de reconstituer avec certitude ces premières étapes.
L’arrivée de l’icône en Rus’ au XIIe siècle
Vers 1131, Byzance offrit une icône de la Mère de Dieu au prince de Kiev, Mstislav Vladimirovitch. Les historiens identifient généralement cette œuvre à l’icône de Vladimir que nous connaissons aujourd’hui. Il ne s’agirait pas de l’originale attribuée à saint Luc, mais d’une œuvre byzantine du XIIe siècle.
Les fidèles la déposèrent d’abord à Vychgorod, près de Kiev. Son histoire en Rus’ connut ensuite plusieurs événements importants :
- 1155 : le prince André Bogolioubski emmena l’icône à Vladimir et l’installa dans la cathédrale de la Dormition.
- 1164 : André Bogolioubski emporta l’icône lors de sa campagne militaire contre les Bulgares de la Volga.
- 1395 : face à l’avancée de Tamerlan, l’icône rejoignit solennellement Moscou. Selon la tradition, le khan renonça à poursuivre son expédition et se retira. Les fidèles attribuèrent cet événement à l’intercession de la Mère de Dieu.
- 1480 : Moscou accueillit définitivement l’icône, au moment où la Rus’ achevait de se libérer de la domination mongole, après la confrontation sur la rivière Ougra.
L’icône de Vladimir et l’histoire de la Russie
Au fil des siècles, l’icône de Vladimir occupa une place majeure dans la vie religieuse et politique de la Russie. Les souverains venaient y prier, les grandes décisions se plaçaient sous la protection de la Mère de Dieu et les fidèles célébraient des offices avant les campagnes militaires.
L’icône accompagnait également les processions et les grandes cérémonies religieuses. Sa présence dans les événements majeurs de l’histoire russe contribua à faire d’elle un symbole spirituel particulièrement important.
Iconographie et signification théologique de l’icône de Vladimir

L’icône de Vladimir dans l’art byzantin
Les historiens de l’art situent généralement la réalisation de l’icône dans le premier tiers du XIIe siècle. Son style appartient à la période comnénienne de l’art byzantin.
La peinture de cette époque se distingue notamment par un travail subtil de la lumière. Les peintres modèlent les visages et les vêtements à l’aide de fines lignes et de rehauts clairs. Ce procédé donne aux figures une dimension spirituelle et souligne leur expression intérieure.
L’œuvre a connu plusieurs restaurations et repeints au cours des siècles, notamment aux XIIIe et XVe siècles, puis en 1514.
Les parties les plus anciennes conservées comprennent principalement les visages de la Mère de Dieu et de l’Enfant Jésus. Les restaurateurs ont également identifié des éléments anciens dans certaines parties des vêtements et des mains de l’Enfant.
Les travaux de restauration menés au XXe siècle ont permis de mieux dégager et d’étudier les parties byzantines anciennes.
Le type iconographique de la Tendresse (Eleousa)
L’icône de Vladimir appartient au type iconographique de la Tendresse, appelé en grec Eleousa (ou Umilenie dans la tradition russe).
La Mère de Dieu porte l’Enfant Jésus dans ses bras. Celui-ci enlace le cou de sa Mère et rapproche sa joue de son visage. Leurs visages se touchent dans un geste d’une grande douceur.
Cette représentation exprime l’amour maternel de la Vierge, mais sa signification dépasse largement la seule tendresse humaine. Elle manifeste le mystère de l’Incarnation : le Fils éternel de Dieu a véritablement assumé notre humanité et s’est fait homme, en naissant de la Vierge Marie.
L’étreinte de la Mère et de l’Enfant évoque ainsi la proximité du Christ avec l’humanité qu’il est venu sauver.
Le regard de la Mère de Dieu et la Passion du Christ
Un détail particulièrement significatif réside dans le regard de la Vierge. Tandis que l’Enfant tourne son visage vers sa Mère, celle-ci dirige son regard vers celui qui contemple l’icône.
Son expression, marquée par une certaine gravité, suggère la connaissance de la souffrance que son Fils devra endurer. La tendresse de cette rencontre annonce ainsi le mystère de la Passion.
La Mère de Dieu ne retient pas son Fils pour elle-même : elle le présente au monde, lui qui donnera librement sa vie pour le salut de l’humanité.
Cette iconographie unit donc deux dimensions indissociables : l’amour maternel et le sacrifice rédempteur du Christ.
Une particularité permet également de reconnaître l’icône de Vladimir : le pied gauche de l’Enfant Jésus se replie légèrement, laissant apparaître son talon.
Le fond doré évoque quant à lui la lumière divine et la réalité du Royaume céleste. Il ne représente pas un espace terrestre, mais manifeste la présence de Dieu et la transfiguration de la création.
Le revers de l’icône de Vladimir : l’Hétimasie et les instruments de la Passion

L’icône de Vladimir est une icône portative utilisée lors des processions cérémonielles et religieuses. Au verso figure une image visible également par les fidèles.
Le revers présente une composition iconographique distincte, réalisée au début du XVe siècle. Elle représente l’Hétimasie, c’est-à-dire le trône préparé pour le retour glorieux du Christ, ainsi que les instruments de la Passion.
Le trône, recouvert d’un tissu rouge, porte l’Évangile, la couronne d’épines et les clous de la Crucifixion. Une colombe blanche, symbole du Saint-Esprit, complète la composition.
Derrière le trône se dresse la Croix. La lance qui transperça le côté du Christ et le roseau muni d’une éponge imbibée de vinaigre rappellent également les souffrances de la Passion.
Cette composition met ainsi en relation le mystère de la Passion avec l’attente du Second Avènement du Christ et l’accomplissement du dessein divin.
Tropaire de la Mère de Dieu devant son icône de Vladimir, Ton 4
Aujourd’hui, la très glorieuse cité de Moscou resplendit de joie, ayant reçu, ô Souveraine, ton icône miraculeuse comme l’aurore du soleil. Vers elle nous accourons maintenant et, dans notre prière, nous te clamons :
Ô admirable Souveraine, Mère de Dieu, prie le Christ notre Dieu, incarné de toi, afin qu’Il préserve cette cité, toutes les cités et les contrées chrétiennes de toutes les embûches de l’ennemi, et qu’Il sauve nos âmes, Lui qui est miséricordieux.
Kondakion de la Mère de Dieu devant son icône de Vladimir, Ton 8
À toi, Invincible Conductrice de nos armées, nous offrons des chants de victoire, nous qui avons été délivrés des maux par l’arrivée de ton vénérable icône, ô Souveraine Mère de Dieu.
Nous célébrons dans la joie la fête de sa rencontre et, selon notre coutume, nous te clamons :
Réjouis-toi, Épouse inépousée !
Les copies et listes de l’icône de Vladimir
Les principales listes vénérées en Russie
L’icône arrivée de Byzance au XIIe siècle n’est probablement pas l’originale attribuée à l’apôtre Luc, mais une œuvre byzantine ancienne qui devint le modèle de nombreuses reproductions.
Dans la tradition orthodoxe russe, on appelle liste une reproduction d’une icône vénérée. Elle reprend le modèle iconographique de l’original sans nécessairement en reproduire exactement tous les détails. Elle peut présenter des particularités liées à son époque, à son lieu de réalisation ou à sa tradition de vénération.
Au fil des siècles, les iconographes réalisèrent de nombreuses listes de l’icône de Vladimir. Certaines acquirent une vénération particulière et sont considérées comme miraculeuses. Elles portent généralement le nom du lieu où les fidèles les conservent ou les vénèrent.
Parmi les icônes de Vladimir les plus connues figurent :
- L’icône de Vladimir-Volokolamsk

conservée au Musée central Andreï Roublev de la culture et de l’art de la Russie ancienne. est une copie miraculeuse de l’icône de la Mère de Dieu de Vladimir du XIIe siècle. Sa particularité réside dans l’image, en marge, des saints Cyprien (à droite) et Géronte (à gauche), métropolites de Moscou. célébration:3/16 mars
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L’icône de Vladimir-Rostov

ancienne reproduction du modèle de Vladimir. Après la Révolution, la relique, apportée à Rostov depuis Kiev au XIIe siècle, disparut. Une copie du XVIIe siècle de l’icône de Vladimir Rostov est aujourd’hui exposée au Musée-Réserve d’État du Kremlin de Rostov. célébration : 28 août (15 août, ancien style)

Saint Nil de Stolbny l’apporta dans la région de Seliger au XVIe siècle. Célébration : 8 juin (26 mai, ancien style) et 20 décembre (7 décembre, ancien style).
D’autres icônes apparentées ou issues de cette tradition jouissent également d’une grande vénération, notamment celles d’Oran, de Krasnogorsk et de Zaonikiev.
L’icône de Vladimir demeure aujourd’hui l’une des représentations les plus vénérées de la Mère de Dieu dans le monde orthodoxe. Son histoire témoigne de la profondeur de la tradition byzantine et de son rayonnement dans la vie spirituelle de la Rus’. Son iconographie de la Tendresse exprime avec une grande intensité l’amour maternel de la Vierge et le mystère de l’Incarnation du Christ.
Bibliographie et sources sur l’icône de Vladimir
1. Encyclopédie orthodoxe – L’icône de Vladimir dans les chroniques russes (en russe). Histoire et chronologie des transferts de l’icône. Lire l’article.
2. Galerie Tretiakov – The Virgin of Vladimir in Art History (en anglais). Étude historique et artistique de l’icône, de ses restaurations et de son revers. Lire l’étude.
3. Icône de la Mère de Dieu de Vladimir
3. Musée russe – Le transfert de l’icône de Vladimir à Moscou en 1395 (en russe). Récit historique et tradition relative à Tamerlan. Consulter la notice.
4. The Tretyakov Gallery Magazine – The Tretyakov Gallery unveils treasures of Orthodox icons. Présentation des icônes orthodoxes conservées au musée. Lire l’article.
5. Maryhill Museum – Mother of God: Saints. Présentation du type iconographique Eleousa et de la tradition attribuant l’icône à saint Luc. Consulter le document.
6. Pravmir – Владимирская икона Божией Матери (en russe). Lire l’article.
7. Foma – Владимирская икона Божией Матери (en russe). Lire l’article.
